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Logistique du froid : concilier performance et développement durable (partie 1)

09.09.2021 • 09h05
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par Charlotte COUSIN
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Sofrilog

À l’instar de l’ensemble de la filière, la logistique du froid déploie des initiatives pour gagner en efficience opérationnelle tout en répondant aux enjeux de développement durable.

La distribution des vaccins Covid sur le territoire français aura mis sur le devant de la scène la logistique nécessaire pour y parvenir. Avec la question de savoir si la France était en mesure de gérer leur approvisionnement et déploiement à travers des process rodés et performants tout en maintenant scrupuleusement la chaîne du froid. En réalité, les acteurs de la filière sous température dirigée sont investis, et ce depuis de nombreuses années, dans ces enjeux d’acheminement et de traçabilité. Indispensable à notre société que ce soit dans le domaine de l’alimentaire ou de la santé, le froid « ne devrait que croître dans ses utilisations car la population se développe », observe Gérald Cavalier, président du groupe Cemafroid-Tecnea, spécialiste du froid, de la réfrigération et de la climatisation : « Et cela ne se fera que s’il est durable et respecte l’environnement ». Une mission que Cemafroid-Tecnea contribue à atteindre en apportant à ses clients professionnels la garantie de conformité et de performance sur la chaîne du froid, « de la fourche jusqu’à la fourchette », que ce soit en abattoir, à la traite, à la fromagerie, sur un bateau de pêche, dans un restaurant… À ce titre, le groupe comprend donc un large volet consacré à la logistique sous température dirigée : « Ce secteur a longtemps été le maillon faible de la chaîne car elle intègre des interfaces, des conditions de circulation qui complexifient le métier de logisticien. Et dans le cas de la réfrigération mobile pour le transport, cela s’avère d’autant plus compliqué, rappelle Gérald Cavalier. Mais les professionnels et les équipements de transport, de stockage, de traçabilité ont progressé. La filière peut désormais être considérée comme le maillon fort de la chaîne du froid ».

 

Faire pencher la balance côté développement durable

Des progrès qui n’empêchent pas le secteur d’être encore le lieu de beaucoup de gâchis : l'Institut suédois pour l’alimentation et la biotechnologie estimait dans son rapport adressé à la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture) en 2011 qu’à l’échelle mondiale, un tiers environ des parties comestibles des aliments produits pour la consommation humaine était perdu ou gaspillé, correspondant environ à 1,3 milliard de tonnes de nourriture par an à l’échelle mondiale. « Globalement, un tiers des denrées devrait être réfrigéré et seulement le tiers de ce tiers l’est réellement. Il y a beaucoup de pertes par manque de chaîne de froid », poursuit Gérald Cavalier. Ce qui représente un poids environnemental conséquent et amène à interroger sur la signification du terme « durabilité » dans le domaine. Il s’agit avant tout d’une « balance », explique Gérald Cavalier : « La chaîne du froid conduit à des économies environnementales en réduisant les pertes de denrées périssables. Par contre, il faut produire de l’énergie avec un groupe frigorifique ce qui a un effet négatif. L’objectif, c’est donc de faire en sorte que la balance de la logistique sous température dirigée penche du côté du développement durable car les deux-tiers de ces pertes alimentaires interviennent encore dans la partie professionnelle, c’est-à-dire entre la fourche et la porte du particulier ou du restaurant ».

 

Sur cette question de l’énergie, enjeu à la fois économique et environnemental, le maillon de l’entreposage diffère de celui du transport (où l’usage du carburant est également à prendre en compte). « On distingue les entrepôts à température positive et négative. Sur ces derniers, à - 18° C ou moins, les charges d’électricité représentent entre 8 et 10 % des charges totales. Si l’on réduit de 10 % la consommation électrique, on peut améliorer de 1 % les marges, ce qui est considérable », observe Jean-Eudes Tesson, président de La chaîne logistique du froid (association créée par L’Union nationale du transport frigorifique, l’Union Syndicale Nationale des Exploitations Frigorifiques et Transfrigoroute France). Et au-delà de cet enjeu économique, préside la contrainte réglementaire qui, notamment avec le Décret tertiaire, pousse les acteurs dans un programme de réduction de consommation d’énergie d’au moins 40 % en 2030, 50 % en 2040 et 60 % en 2050. « Nous évoluons donc dans un cadre contraint avec cette réglementation mais nous sommes aussi poussés par l’aspect environnemental et sociétal car nous souhaitons apporter notre contribution aux efforts collectifs. L’énergie est centrale dans nos projets avec la conscience que cela ne se fait pas par un meilleur pilotage mais grâce à des investissements importants, techniques et digitaux, qui s’ajoutent à ceux nécessaires pour poursuivre nos objectifs de productivité et de traçabilité », explique-il.

 

À la recherche de la « rupture technologique »

Sur la supply chain, au niveau de l’entreposage, pas de véritable rupture technologique en vue : « On fabrique le froid comme on le fabriquait il y a 100 ans même s’il y a eu des innovations en termes de rendement énergétique », observe Jean-Eudes Tesson. À ce sujet, la réglementation sur les fluides frigorigènes [La réglementation européenne F-Gas indiquait que les fluides frigorigènes ayant un PRP (potentiel de réchauffement planétaire) inférieurs à 2 500 étaient autorisés jusqu’en 2020, avant de descendre à 1 500 en 2025 et à 150 en 2030] aura au contraire contribué à dégrader le rendement énergétique, selon lui : « On remplace l’ammoniac qui était très utilisé ou le R22 par des fluides dont on s’est aperçu qu’ils ont une plus forte contribution CO2 et qui nécessitent beaucoup plus d’énergie pour produire la même quantité de froid. C’est donc allé à rebours de ce que nous recherchions. Aujourd’hui, les fluides frigorigènes utilisés peuvent, dans le meilleur des cas, préserver le rendement mais ce n’est pas sur eux qu’il faut miser pour améliorer l’efficacité énergétique ». Pour l’heure, sans être révolutionnaires, certains process en entrepôt viennent accompagner ces enjeux environnementaux : asséchement de l’air pour éviter qu’il ne givre, ou attention portée à l’amélioration de l’aéraulique (Science qui étudie l'écoulement de l'air non comprimé dans les conduits et qui s'applique à la ventilation, au conditionnement d'air, au dépoussiérage, au séchage et au transport pneumatique) : « Par exemple, lors de la congélation, l’air a tendance à passer au-dessus ou en dessous des produits, il s’agit donc de le canaliser pour qu’il traverse les produits ce qui apporte des améliorations sensibles lors de la congélation », décrit Jean-Eudes Tesson. Cette tentative de « canalisation » peut également se traduire, dans les entrepôts automatisés, par la mise en place de portillons pour faire entrer les palettes plutôt que de grandes portes pour laisser passer les chariots : « Plus la porte est grande, plus l’air chaud entre. En ce sens, un entrepôt automatisé contribue à améliorer l’efficacité énergétique car il compte moins d’entrées d’air extérieures », décrit-il. 

 

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