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Emploi/RH

Où chercher les futurs salariés de la supply chain ?

14.04.2022 • 09h02
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par Emilien VILLEROY
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Lycéens en pleine orientation, jeunes en situation de décrochage scolaire, profils éloignés du monde du travail, demandeurs d’emplois en pleine reconversion : pour son sourcing, la supply chain voit grand et multiplie les initiatives.

Pour répondre à ses enjeux de recrutement, la supply chain doit faire valoir ses atouts et communiquer sur ses métiers auprès du grand public. Mais le sourcing de nouveaux talents demande la mise en place d’une multitude d’autres leviers, plus concrets et à des échelles plus locales, en allant chercher les publics où ils sont. Et en premier lieu du côté des jeunes générations, dès le collège jusqu’aux écoles supérieures. C’est l’une des missions de l’AETL (Association des acteurs, élèves et étudiants du transport et de la logistique) depuis sa création en 1962, comme le rappelle son président, Olivier Weitig : « Nous faisons beaucoup d’interventions à partir du collège, avec des professionnels qui viennent parler de leur métier et témoigner de leur expérience. Nous allons également dans les écoles supérieures, qui forment des acheteurs ou des contrôleurs de gestion, car la logistique a aussi besoin de talents sur ses métiers transverses. Nous continuons d’accompagner les jeunes ensuite dans leur orientation, la rédaction de leurs mémoires professionnels, ou leur recherche de stages et contrats ».

 

Aller là où le transport n'est pas attendu

Des efforts que l’on retrouve du côté de l’AFT qui déploie ses équipes régionales pour sillonner les collèges et lycées afin de présenter les métiers du transport et de la logistique. « Nous multiplions les stands dans des salons d’orientation et nous amenons des simulateurs de conduite ou des casques de réalité virtuelle pour découvrir l’intérieur d’un entrepôt », raconte Valérie Dequen, déléguée générale de l’AFT. Pour parler à ces jeunes, les organismes de la filière varient les formats : rencontres de professionnels autour de tournois de sport, évènements, afterwork pour le networking, sessions pour préparer CV et entretiens. La promotion des métiers est aussi une des missions de l’Opco Mobilités, avec là encore la volonté de présenter le métier de manière ludique. « Il faut que le transport évolue dans sa mentalité et aille là où on ne l’attend pas. C’est ce que nous avons pu faire avec le Big Tour par exemple, qui va promouvoir différents métiers sur les plages de France pendant l’été, de ville en ville. L’an passé, nous avons eu un bel écho auprès des visiteurs. Les simulateurs de conduite déployés par l’AFT avaient particulièrement attiré l’attention ! », rapporte Jean-Louis Vincent, président d’Opco Mobilités. Mais si ces évènements peuvent servir d’accroche, il faut ensuite aller plus loin. À ce titre, l’Aftral veut créer le lien vers les entreprises en proposant de multiples solutions pour accéder aux métiers : « Caces, formations non diplômantes, titres professionnels, bacs pro logistique. Selon les profils, il y a un travail important à réaliser pour proposer une formation adéquate aux attentes de la personne », raconte Loïc Charbonnier. Un travail d’ensemblier que l’organisme de formation met en place avec ses équipes sur les terrains, dont le nombre a été récemment renforcé.

 

Ramener des publics précaires vers l’emploi

Avec ses métiers ouverts aux profils n’ayant pas forcément le bac, la supply chain peut également attirer des jeunes en décrochage scolaire : « Ce sont des profils sans formations, à l’abandon, qui n’ont pas pu s’insérer dans le monde professionnel. Des personnes qui ne savent pas toujours ce qu’est le travail, se lever le matin, vivre ensemble. Il est nécessaire de créer un sas permettant de passer d’un environnement de précarité au cadre d’un vrai métier. Et pour cela, il faut aller chercher les gens où ils sont, un par un, car ils ne viendront pas d’eux-mêmes. C’est la raison pour laquelle il n’y a pas de réelle pénurie de talents actuellement pour moi. Il faut simplement créer une adéquation entre des personnes et des besoins, à l’échelle locale », estime Jean-Louis Vincent. Un travail qui était par ailleurs ressorti du conseil des métiers de Promotrans, qui rassemble des professionnels et permet de recueillir les besoins de formation et de nouvelles compétences, avec un gros plan sur les « soft-skills » : « Il s’agit d’avoir avant tout un savoir-être, les besoins techniques passent presque au second plan ! Nos parcours de formation proposaient déjà cette thématique, mais elle a été renforcée, et nous avons lancé des parcours de pré-qualification avant la formation, pour les personnes éloignées du monde du travail. L’idée est de proposer une remise à niveau sur les compétences attendues pour limiter le taux d’échec », explique Pierre de Surone.

 

Un métier durable pour redonner confiance

Plus largement, ce sont les personnes en situation de précarité ou de chômage longue durée qui peuvent trouver une voie dans le secteur, comme l’explique Sandrine Ruffet, directrice supply chain à l’Agence du Don en Nature, qui a lancé récemment un entrepôt- école à Dourges dans le Pas-de-Calais: « Nous ne voulons pas croire que certaines personnes ne sont pas capables de revenir vers le monde du travail. Les institutionnels et les entreprises doivent œuvrer pour les y ramener et leur offrir un cadre pour les réadapter, avec des notions de respect du matériel, de la hiérarchie et des équipes ». Un avis partagé par Peter Guillon, président du groupe Promotrans : « Nous sommes face à des gens qui ont perdu pied un jour au sein de la société, et notre rôle est de leur redonner confiance dans le fait qu’ils peuvent avoir un avenir et un métier durable. Dans ce cadre, Promotrans peut agir en tant qu’opérateur, en pilotant des marchés de formation pour Pôle Emploi ou les conseils régionaux. Nous avons conçu des parcours de pré-qualification en amont de nos formations pour donner toutes les chances à ces profils ».

 

Les personnes en reconversion sont également une cible pour le sourcing dans le secteur : un public plus âgé, ayant décidé de changer de vie professionnelle ou souhaitant rebondir suite à une perte d’emploi. « C’est une manne de talents à aller chercher, car ce sont des salariés qui savent travailler en entreprise, qui ont eu un métier en autonomie par le passé », remarque Nancy Noël, directrice aux affaires sociales chez Union TLF. « Parmi les 45 000 formations que l’AFT co-finance chaque année, nous observons une moyenne d’âge élevée, 38 ans, avec une grande partie de personnes qui veulent changer de métier », souligne Valérie Dequen. S’orienter vers d’autres catégories de talents est au coeur des projets de l’Aftral. L’organisme de formation a récemment signé une convention avec l’Epnak, qui travaille à l’insertion sociale et professionnelle des personnes en situation de handicap. Avec une présence dans 50 villes en France, elle accueille 4 000 jeunes pour des formations généralistes. L’Aftral y intervient en tant que partenaire pour offrir à ces publics un accès au monde du travail via une qualification professionnelle. « Nous le faisons également avec les apprentis d’Auteuil, les écoles de la deuxième chance ou des missions locales, au contact de personnes qui ne savent pas très bien ce qu’elles veulent faire. Il s’agit de créer de la confiance et du lien, afin de générer ces flux vers nos métiers », note Loïc Charbonnier. L’Aftral travaille par ailleurs avec les demandeurs d’asile et mineurs non accompagnés avec l’Office français de l’immigration.

 

 

> Retrouvez ici l'intégralité des articles du dossier Sous tension, la logistique cultive son attractivité.

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Des Youtubeurs pour faire découvrir le transport aux jeunes

Autre visage du travail mené par l’AFT pour mettre en avant les métiers du transport et de la logistique aux plus jeunes générations, son opération « Faites-nous kiffer le transport-logistique », un défi lancé à plusieurs Youtubeurs et influenceurs, les invitant à promouvoir et valoriser les métiers de la supply chain auprès de leurs publics, principalement des jeunes de 13 à 25 ans. Le tout « en leur proposant des vidéos qui répondent à leurs codes et leur fournissent les informations nécessaires sur des métiers qui gagnent à être connus », explique l’association. Fin 2021, ce sont les influenceurs Chris et Neoxi, qui ont publié une vidéo en immersion pendant 24h à Rennes, dans un entrepôt des Routiers Bretons, donnant à voir les différents profils travaillant chez cette entreprise du transport et de la logistique : conducteur routier, responsable logistique, préparateur de commandes, affréteur ou encore responsable d’exploitation. De quoi travailler à l’attractivité du secteur et attirer des profils souvent en pleine construction de leur orientation professionnelle. « Nous avons eu plus de 250 000 vues sur ces vidéos en l’espace de quelques semaines, ce qui est beaucoup pour un secteur comme le nôtre. Pour parler aux jeunes, il faut aller là où ils sont. Cela n’aurait pas de sens d’acheter des temps de publicités sur TF1. Nous avons donc décidé de nous tourner vers des influenceurs pour présenter ces métiers, et nous allons continuer sur cette lancée avec d’autres collaborations en 2022 », raconte Valérie Dequen, déléguée générale de l’AFT, soulignant la présence renforcée de l’association en ligne avec ses comptes sur Instagram et Tik Tok. Des efforts également menés par d’autres acteurs du secteur. L’Opco Mobilités a récemment fait ses premiers pas sur le site de streaming Twitch, en association avec Webedia et la chaine en ligne Le Stream, afin de promouvoir les filières de la mobilité pendant des parties du jeu vidéo Euro Truck Simulator. « C’est l’occasion de montrer aux jeunes notre métier de manière décalée, et décloisonner l’image du transport », note Nancy Noël, directrice aux affaires sociales chez Union TLF.

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