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Le Grand Paris de la logistique urbaine

28.06.2018 • 09h45
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par Emilien VILLEROY
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3. Expérimentations urbaines : un terrain capital

La ville de Paris multiplie les expérimentations depuis plusieurs années pour étrenner dans ses rues des innovations logistiques ambitieuses. Alors que s’est récemment clôturé le programme « Logistique urbaine durable », piloté par l’Urban Lab de Paris & Co, retour sur près de trois années de projets et les enseignements qu’ils offrent.

Lancé dans la continuité de la Charte pour une logistique durable de la ville de Paris en 2013, le programme d’expérimentation « Logistique urbaine durable » avait pour objectif de mettre en test des solutions innovantes au sein de la capitale. Piloté par l’Urban Lab (laboratoire d’expérimentation urbaine de l’agence de développement économique et d’innovation Paris & Co), ce programme a débuté en 2015 par la sélection de 22 projets répondant à six thématiques : la mutualisation des flux, le stockage, la livraison, la rationalisation des tournées, le stationnement et les solutions de transport. Trois ans plus tard, 10 projets ont pu voir le jour, 8 ont échoué et 4 restent en attente. Un résultat en phase avec les attentes de l’Urban Lab comme l’explique Élise Baktin, chargée de programmes d’expérimentations : « Ce résultat s’inscrit dans la moyenne de nos programmes précédents, d’autant que la sélection des projets en amont avait été volontairement large. »

 

Les premiers projets ont été lancés au début de 2016, principalement pour les solutions de mutualisation ou d’optimisation des livraisons, simples à mettre en place. Geoconcept a ainsi pu rapidement tester son application mobile d’optimisation de tournées TourSolver Cloud pendant trois mois, offrant des réductions de carburant de 15 à 30 %. Un test grandeur nature qui a permis à l’éditeur-intégrateur de lancer à grande échelle, quelques mois plus tard, le développement commercial de sa solution. D’autres projets menés par Shippeo ou CoursierPrivé (rebaptisé Fleeters depuis) font également partie des réussites de l’expérimentation et ont pu eux aussi s’appuyer sur les enseignements de ces tests pour faciliter leur arrivée sur le marché.

 

Des difficultés dans l’espace public

Mais le démarrage fût plus complexe pour les projets venant s’inscrire directement au sein de l’espace public : difficulté à trouver des locaux adaptés et complexité administrative ont été causes de retards voir même d’échecs. « Les projets urbains prennent du temps à se mettre en place. La ville de Paris n’avait pas encore attaqué en profondeur le sujet de la logistique et n’était pas forcément prête à donner certaines facilités. Mais c’est aussi l’intérêt de ce type de programmes : sans porteurs venant se confronter à l’ordre établi, on ne voit pas apparaître les freins », estime Élise Baktin. Exemple : le cas de BIL, la base logistique intelligente déployée dans le XIVe arrondissement de Paris par Dachser France et Libner à l’été 2017. L’idée : combiner un camion standard avec un véhicule électrique de 2,5 m de longueur. Ce petit utilitaire se sert du camion comme d'un quai de chargement puis effectue les tournées et les livraisons jusque dans les rues exiguës ou piétonnes de la ville. Une réponse porteuse pour la livraison du dernier kilomètre mais qui a entrainé des interrogations nouvelles par rapport à son déploiement sur la voie publique. « Les services de la ville de Paris se sont aperçus qu’il y avait un problème au niveau du code de la route quant au stationnement du camion principal. Ils ne savaient pas comment faire pour attribuer de l’espace public à un acteur privé sur une longue durée. Il y a donc des législations à revoir pour permettre une meilleure implantation de la logistique en ville », détaille Michèle-Angélique Nicol de l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur).

 

Des difficultés qui expliquent que certains projets ne voient le jour que cette année, trois ans après le lancement de l’expérimentation et alors que l’Urban Lab vient de passer la main à la mairie de Paris pour le pilotage. Parmi ceux-ci, la livraison urbaine en vélos triporteurs électriques par UPS dans le IIe arrondissement depuis le début du mois de mai 2018. Longue de six mois, cette expérimentation verra deux véhicules effectuer des livraisons et des enlèvements de colis depuis une remorque, apportée quotidiennement du hub parisien d’UPS à Charenton-le-Pont (94) jusqu’au quartier de la Bourse. Un projet retardé par les délais d’homologation des vélos ainsi que des problématiques de sanctuarisation temporaire de l’espace de stockage mobile.

 

Même constat pour Pickup Station, consignes automatisées accessibles 24h/24 sur la voie publique, prévues pour se déployer au mois de juin 2018 du côté de la rue de Vaugirard dans le XVe arrondissement. Comme aucune installation de ce type n’avait été expérimentée auparavant sur l’espace public parisien, le projet a nécessité des procédures inédites pour la validation des sites choisis auprès de nombreux acteurs (mairie d’arrondissement, direction de l’urbanisme, préfecture de Police), accusant de nombreux reports. Des freins qui peuvent remettre en cause le potentiel d’innovation du secteur selon Élise Baktin : « En logistique, les marges sont peu élevées et le moindre obstacle peut stopper net certains projets. Il faut absolument mettre en place les bonnes conditions pour rendre l’innovation rentable et attractive par rapport au fonctionnement traditionnel de la logistique en ville ». Primes à la vertu, travail de fond pour réinventer l’aire de livraison, promotion du secteur auprès du grand public et des institutions sont autant de pistes d’actions relevées par l’Urban Lab. D’autant que ces expérimentations menées affichent de nombreux avantages : baisses des émissions de CO2, réduction des nuisances sonores ou de la congestion en ville, et augmentation de la productivité de la chaîne logistique.

BUZZ LOG
“L’enjeu consiste maintenant à fidéliser les clients non plus sur un canal de distribution mais sur une marque. Ce qui importe désormais n’est pas où va se faire la vente mais surtout qu’elle n’échappe pas à la marque, qu’elle n’aille pas sur un canal qui ne soit pas le sien.”
— Sophie Conte, directrice du développement chez Rhenus Logistics France.
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