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Supply chain : secteur en manque d’attractivité cherche talents

05.04.2018 • 09h20
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Tatoman

10 % du PIB national, 200 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 1,8 million d’emplois : le secteur de la logistique et de la supply chain tient une place indispensable au cœur de nos organisations et de nos entreprises. Si la prise de conscience s’opère doucement, elle peine tout de même à gagner les talents et jeunes diplômés. Pourtant, la demande en matière de recrutement est très forte et les difficultés pour recruter bien réelles. Mais le secteur n’a pas dit son dernier mot. Ses acteurs s’évertuent à mettre en lumière ses atouts : sa transversalité, son importance stratégique, son dynamisme et ses perspectives d’évolution. Mais ils tentent également de le rendre compréhensible par toutes les fonctions de l’entreprise. Car c’est bien là qu’est le principal défi : faire que nos métiers et leurs enjeux soient lisibles et reconnus par tous car ils permettront aux entreprises de se pérenniser et de faire face aux défis qui les attendent. Il est temps d’ouvrir le champ des possibles et d’élargir la vision sur le secteur pour que chacun prenne la mesure de son absolue nécessité.

1. Contre la pénurie et les clichés, la logistique s'engage

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Turnover important, manque de personnel en entrepôt, déficit d’image : le secteur de la logistique tout entier est sous tension. Cependant, des initiatives internes et transversales se développent pour mettre en avant l’attractivité de ces métiers opérationnels, au-delà des clichés qui leur sont souvent réservés.

Les idées reçues ont la vie dure. Voilà bien un constat auquel tous les acteurs de l’écosystème logistique français peuvent adhérer. « Nous ne sommes toujours pas parvenus à enlever cette étiquette un peu réductrice dont souffrent ces métiers. On assimile encore souvent la logistique aux palettes et le transport aux camions. Mais la réalité est bien plus complexe », estime Mickaël Ledru, manager senior supply chain, achats, logistique & transport au sein du cabinet de recrutement Hays. « Le secteur souffre encore de clichés. Quand on écoute et on observe, on se rend compte que la logistique et le transport sont des éléments névralgiques de notre économie, mais on reste sur l’image du camion qui pollue », ajoute Jean Damiens, directeur de l’EST. Une réputation qui a un impact réel sur l’attractivité du secteur. « Nous avons des difficultés à trouver des gens motivés pour nos formations d’opérateurs », raconte Florence Bonnafous, directrice adjointe de l’Aftral. « Nous avions 50 personnes sur le territoire français pour faire du sourcing, mais nous avons dû en recruter 30 de plus pour que le maillage soit plus serré. Dans le domaine du transport, on donne à croire que les camions autonomes vont venir prendre tous les emplois. Difficile d’aller ensuite vers les jeunes pour leur parler de nos métiers ».

 

Beaucoup de postes à pourvoir

Un problème réel face aux besoins grandissants de personnel qui touchent tout le secteur comme l’explique Jean-Philippe Labaronne, directeur délégué du conseil de métier supply chain de l'Union TLF : « On parle beaucoup du transport, mais cette pénurie atteint également la logistique. Il est très difficile de pourvoir les postes disponibles de caristes, d’opérateurs de conditionnement ou de préparateurs de commandes. Et le phénomène est généralisé, touchant toutes les zones, y compris le Nord et l’Île-de-France ». Car les conséquences de cette pénurie peuvent atteindre des bassins d’emplois pourtant en bonne santé. « Face à des zones qui n’arrivent pas à trouver de préparateurs, certaines entreprises doivent faire appel à des collaborateurs venus d’autres sites. En voulant combler les trous, c’est l’ensemble du territoire qui se trouve affecté », poursuit Jean- Philippe Labaronne. « Les prestataires du secteur ont du mal à trouver des collaborateurs », constate Mickaël Ledru. « Effectivement, ce sont des métiers difficiles, physiques, qui n’ont pas vraiment une bonne image mais des moyens sont désormais mis en place pour y remédier : systèmes d’information, vocal, aide au port de charge, rénovations de sites… Les entreprises font en sorte d’attirer et de fidéliser leurs collaborateurs qui sont parfois très volatils ». Une difficulté à garder le personnel que signale également Alain-Bernard Duvic, directeur associé d’Eurogroup Consulting : « Le turnover, difficile à combler, est perpétuel. Nous le constatons clairement chez nos clients transporteurs et distributeurs, avec des disparités régionales très importantes. Le métier ne retient pas. »

 

Un management repensé

Les entreprises s’attachent donc à repenser leur organisation et leur management. Créer des dynamiques en équipe, être à l’écoute des propositions des collaborateurs, leur montrer de la reconnaissance, offrir des avantages : autant d’initiatives prises en interne pour améliorer le quotidien. « On recense un certain nombre de facteurs différenciants : les conditions de travail, les horaires, les délais de prévenance, le management de proximité, détaille Alain-Bernard Duvic. Pour accompagner les entreprises sur ces questions, nous réalisons des formations. Les pistes sont assez simples : apprendre à positionner le curseur entre écoute et respect de règles fondamentales, mettre en place des routines de management quotidiennes avec animation d’équipe, savoir manier la bienveillance, écouter les remarques sur les conditions de travail… » Responsable du secteur transport logistique, services et distribution pour Eurogroup Consulting, Marie-Laure Fayet ajoute : « Il est important de travailler sur la motivation des équipes et de prendre garde à rendre les conditions de travail moins difficiles. Cela peut se faire de façon très concrète : un bon équipement, un fonctionnement souple ou une adaptation aux contraintes personnelles ».

 

Des mutations internes qui s’accompagnent de vraies perspectives d’évolution de carrière. « Il est plus que jamais temps de se lancer dans le secteur. La logistique est une activité moderne, audacieuse, en recherche constante d’innovations, et qui propose encore un formidable ascenseur social », assure Jean-Philippe Labaronne. « Selon moi, les ouvriers du XXIe siècle sont les opérateurs en entrepôt », explique Alain-Bernard Duvic. « Aujourd’hui, on cherche véritablement à faire monter en compétences les gens performants, productifs et qui s’adaptent aux nouveaux outils de l’entrepôt. Lorsqu’on recrute un préparateur de commandes, on attend avant tout des capacités et de l’investissement. Et quand ce dernier gagne en qualifications, il peut gravir les échelons ».

 

Tremplin commence à faire le plein

Des efforts que le secteur souhaite maintenant mettre en avant auprès du grand public. En première ligne, la démarche Tremplin (Transport emploi innovation), lancée par un ensemble d’organisations professionnelles (FNTR, Union TLF, FNTV, CSD et Unostra), destinée à répondre aux difficultés de recrutement et d’attractivité de ces métiers. Plus de 22 000 postes à pourvoir ont ainsi été recensés auprès de 1 633 entreprises. Parmi eux, une majorité de conducteurs et conductrices (plus de 16 500), mais également près de 3 600 postes en logistique. « Ce ne sont que des besoins exprimés. On peut imaginer que nous sommes, en réalité, plus proche de 5 000 ou 6 000 postes à pourvoir, tout particulièrement dans la région lyonnaise », précise Jean-Philippe Labaronne. « L’opération Tremplin est un vecteur très important de communication auprès des candidats, mais aussi pour les pouvoirs publics qui n’avaient peut-être pas pris totalement conscience des besoins de nos métiers ».

 

Plusieurs dispositifs ont été mis en place pour cette opération : communication avec plus de quatre millions de personnes via Pôle emploi, campagnes de sensibilisation sur les salons ou encore sourcing digital via les réseaux sociaux. Et les premiers résultats sont encourageants. Depuis le lancement de cette démarche en septembre 2017, c’est un vivier de près de 4 000 candidats qui a déjà été constitué. Ceux-ci vont désormais être formés et mis en relation avec des entreprises afin de répondre à leurs besoins respectifs. « C’est une machine vertueuse qui s’est mise en route. Les choses ont bougé ces derniers mois et la dynamique est bonne », constate Jean- Philippe Labaronne. Avec en ligne de mire une autre perspective pour 2018 : un projet de contrat de filière. « L’occasion de faire le point sur les besoins du secteur et de prendre des engagements forts ».

 

ÉV

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Des initiatives en faveur de l'insertion professionnelle

Pour faire venir de nouveaux talents, le travail de communication autour des métiers de la logistique se joue également au niveau local, auprès d’un public de jeunes en insertion professionnelle.

Des initiatives dans ce sens ont ainsi été lancées par des acteurs emblématiques du secteur. Parmi celles-ci, on peut citer le partenariat entre le logisticien Gefco et l’Institut de l’engagement, qui accompagne et aide des jeunes dans la construction de leurs carrières. L’occasion de promouvoir les métiers de la logistique et de cultiver leur attractivité auprès du jeune public, puisque les collaborateurs de Gefco auront l’opportunité de s’engager dans les actions de l’Institut (examen de dossiers, conseils, mise en relation) et de parrainer des lauréats. Même esprit au Club Déméter, association dédiée à l’innovation en supply chain, qui a récemment officialisé ses efforts dans la formation en logistique en créant une académie. Celle-ci propose un programme d’insertion professionnelle conçu en partenariat avec l’École de la 2e Chance du Val-de-Marne visant à former des jeunes sans qualification au métier de conducteur routier grâce à des enseignements théoriques et des stages au sein de plusieurs entreprises membres du Club Déméter. Parallèlement, le transporteur Stef a signé une convention locale de partenariat « Entreprises et quartier » avec la préfecture de Seine-et-Marne (77) dont les objectifs seront multiples : partenariats avec lycées et universités pour communiquer sur les métiers de la logistique et du transport ou encore accueil de stagiaires de troisième. Une façon d’apporter « une contribution concrète au développement économique et social du département », selon Francis Lemor, président du groupe Stef. Tout en amenant de nouveaux talents vers le secteur. ÉV

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“L’e-commerce et le retail ont pris conscience de la nécessité impérieuse de se doter d’une supply chain d’excellence et d’intégrer les nouveaux outils digitaux pour améliorer leurs performances économiques et commerciales”
— Jean-Michel Guarneri, président de l’Aslog
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