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Entrepôts

L'intralogistique européenne face à l’empire du Milieu : menace ou opportunité ?

Une tribune de Frédéric Weber, directeur général de Transitic.

 

Publié le 6 février 2026 - 16h18 • contenu sponsorisé
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 Frédéric Weber

Il existe parfois un décalage brutal entre les échanges et décisions que nous menons en Europe et la réalité industrielle que nous pouvons observer ailleurs dans le monde.

 

Lors d’un déplacement récent en Chine, la visite d’un entrepôt entièrement automatisé a profondément transformé ma vision et m’a amené à repenser la manière dont nous concevons les entrepôts automatisés. Là où, en Europe, nous restons encore tributaires d’un schéma directeur plus rigide, j’ai découvert un modèle industriel agile, permettant une logistique en flux tendus avec des outils robotisés fiables et déployés à grande échelle.

 

L’omniprésence de l’intelligence artificielle, couplée à des outils de vision (caméras) et des robots déployés à tous les niveaux de l’entrepôt, fut à la fois un émerveillement total et un signal de détresse. En tant qu'intégrateurs de solutions intelligentes, nous avons à présent l’obligation de repenser les entrepôts de demain de manière robotisée et souveraine.

 

La Chine a longtemps été considérée comme l’usine du monde, mais elle a aujourd’hui une longueur d’avance significative en IA et en robotique. En moins d’une décennie, plus de 100 marques automobiles chinoises ont vu le jour. Désormais, elles s’attaquent au marché européen et rebattent les cartes face aux constructeurs historiques.

 

L’IA est la nouvelle révolution industrielle

Le concept de "dark warehouse", ces entrepôts entièrement automatisés capables de fonctionner sans éclairage ni présence humaine, reste souvent perçu en Europe comme une vision extrême.Face à la pénurie de main-d’oeuvre, à la pression sur les délais et les coûts, le dark warehouse est en réalité une solution pragmatique et sensée pour le marché européen, loin des projections fantasmées qui l’entourent.

 

En Chine, le déploiement massif des "dark factories", des "dark warehouses" et des "ghost ports" marque un changement d’échelle. Le pays a fait un choix clair : celui du tout-automatisé, du tout-robotisé.

 

Le fabricant de véhicules chinois Zeekr, par exemple, fabrique d’ores et déjà grâce à ce modèle des produits entièrement personnalisés avec un coût d’assemblage et un délai parfaitement maîtrisés.

Les bénéfices sont connus et mesurables : maîtrise des consommations énergétiques, optimisation drastique des surfaces, diminution des erreurs, fonctionnement en continu. Mais il serait malhonnête de taire les contraintes : investissements lourds, maintenance exigeante, dépendance accrue à l’informatique, exposition aux cyberattaques, et questionnement social...

 

En Europe, nous avançons autrement. Nous disposons d'atouts considérables : une expertise industrielle reconnue, un tissu d'intégrateurs innovants et une capacité d'ingénierie solide. Cependant, nous souffrons d'une fragmentation des initiatives et d'une certaine lenteur décisionnelle.

 

L’automatisation reste progressive, modulaire, « à la carte ». Elle cherche à intégrer l’humain au coeur de la transition, et cette prudence est légitime. Elle reflète nos valeurs, notre modèle social, notre rapport au travail. Mais je m’interroge : cette prudence ne devient-elle pas un frein ?

 

L'urgence d'un sursaut stratégique européen

Pendant ce temps, les acteurs chinois perfectionnent leurs modèles, abaissent systématiquement leurs coûts structurels et améliorent sans cesse leur compétitivité. La Chine suit un plan quinquennal imposé par son gouvernement, obligeant les entreprises à se conformer à ce plan directeur. Le marché national ne permet pas d’absorber son excédent de production. Son outil devient tellement efficace que le seul moyen d’écouler cet excédent, c’est de baisser ses prix. L’Europe n’est qu’un marché (de plus) à conquérir et la Chine mettra tous les moyens en oeuvre pour y parvenir.

 

Finalement, c’est notre souveraineté qui s’érode progressivement. Il est fort probable que nous achèterons nos prochaines voitures électriques dans des centres commerciaux, entourés de systèmes robotiques et humanoïdes que nous ne maîtrisons absolument pas. Nous serons, en définitive, devenus de parfaits consommateurs, bien loin des acteurs technologiques que nous étions encore il y a un demi-siècle.

 

L’enjeu n'est plus seulement de moderniser, de mécaniser ou de s’automatiser, mais de comprendre que les solutions intralogistiques sont déjà des leviers indéniables pour s’assurer de notre propre souveraineté logistique et économique, à l’instar de la maîtrise que l’Europe revendique sur ses données, son énergie et l’accès aux matières premières.

 

Pas n’importe comment et pas à n’importe quelles conditions

Il est compliqué de concurrencer les acteurs chinois sur la rapidité industrielle. Nous n’avançons pas à la même vitesse, nous n’avons pas la même mentalité sociétale, nous ne sommes pas subventionnés par un gouvernement centralisé, et nous n’avons pas de plan quinquennal précis.

 

Nous devons agir non dans la précipitation, mais avec lucidité.

 

Il y a toujours un marché pour les acteurs européens. L'avenir appartient à ceux qui sauront allier audace technologique et exigence de qualité et de durabilité, caractéristiques du modèle européen. Cette transformation exige une approche systémique. Il ne suffit pas d’acheter des robots : il faut repenser les processus, former les équipes, adapter les SI et redéfinir les indicateurs de performance.

 

L’automatisation physique n’est rien sans une intelligence logicielle supérieure. Ce qui est réellement impressionnant, c’est le système qui orchestre la meute des robots, et plus particulièrement sa capacité à anticiper plutôt qu’à réagir.

 

C’est donc par l’intelligence de pilotage que nous devons rivaliser, notamment avec les nouvelles générations de logiciels. Comme nous le faisons chez Transitic avec OpenWCS qui intègre nativement ces nouvelles fonctionnalités : allocation dynamique des ressources, priorisation intelligente des tâches, simulation d’opérations…

 

En tant qu'intégrateur global et partenaire stratégique de nos clients, nous avons la responsabilité d'anticiper, de structurer et de bâtir dès aujourd’hui des modèles logistiques qui répondent aux enjeux d'un futur tout en étant commercialisables et adaptables sur le long terme. Cela suppose d’accepter un niveau d’automatisation plus élevé dès la conception, et de repenser en profondeur les flux, plutôt que de les adapter a posteriori.

 

Notre force principale réside dans notre capacité à accompagner nos clients, au plus près du terrain et de leurs problématiques. La confiance, elle, ne deviendra jamais obsolète.

 

Le futur est déjà là ; le vôtre se construit maintenant. Et il est grand temps, collectivement, de franchir le cap.

 

À propos de l’auteur

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Fort de près de 20 ans d’expérience dans l’intralogistique, Frédéric Weber est directeur général de Transitic, intégrateur de solutions intralogistiques connectées. Expert en conception de systèmes automatisés, il est également diplômé d’un master en gestion de l’Ichec Brussels Management School.

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