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Emploi/RH

Supply chain : des métiers en transformation

29.04.2020 • 10h00
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par Charlotte COUSIN
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3. De nouveaux métiers en éclosion

Face à l’évolution du secteur et aux enjeux qui l’agitent (logistique urbaine, green et reverse logistics), les profils recherchés se complexifient. Alliant polyvalence, compétences relationnelles et techniques, ils se réinventent sans cesse.

Avec l’arrivée de supply chains de plus en plus étendues, les entreprises cherchent à se renforcer sur différents axes. C’est le cas dans le domaine du risk management où, pour mettre sous contrôle la chaîne et analyser l’ensemble des scénarios de risques, « des profils se créent dans des sociétés de taille significative », indique Antoine Bernard, directeur général délégué du cabinet de conseil en management Citwell. Celui-ci cite l’exemple du secteur automobile : « Une crise sur les composants électroniques en provenance de Taïwan et d’Asie a perturbé la supply chain il y a trois ans, ce qui a conduit les entreprises à s’interroger : comment trouver des solutions avec les bonnes personnes pour limiter et analyser ce type de risques ? La crise actuelle liée au coronavirus renforce fortement ce besoin de gérer ce risque, aussi bien sur le design de la supply chain que sur le pilotage opérationnel ».

 

Enjeux sociaux et éthiques

Le domaine de la RSE, avec ses préoccupations grandissantes, notamment en matière environnementale, s’accompagne également de besoins croissants de connaissances et de compétences autour des sujets qui la concernent : coût, mais aussi empreinte carbone, bien-être et responsabilisation sociétale. « Ce type de fonctions commence à être recherché », poursuit Antoine Bernard. La supply chain, fortement contributrice de ces enjeux RSE, vient nécessairement jouer un rôle prédominant dans leur mise en oeuvre. De nouveaux critères de qualité qui infl uent sur les organisations et sur ceux qui les composent : « Compétences green, reverse logistics… Nous nous demandons si nous n’allons pas développer des nouveaux modules de formation pour amener ces corpus de connaissances à nos stagiaires. Il s’agit d’un vrai sujet d’actualité et il appartient au supply chain managers de maîtriser ces concepts et de voir comment, ils peuvent agir à leur niveau », témoigne Philippe Bornert. Et face à cette structuration du marché assez forte autour de la responsabilité sociale des entreprises, les candidats se montrent de plus en plus regardants : « Ce sont des points qui font la différence lorsqu’ils ont le choix, explique Patrick Sayegh. Ils observent ce que réalisent les entreprises ainsi que leurs engagements en matière de RSE ».

 

Les enjeux de la logistique urbaine

La mise en place d’une démarche tournée vers l’écologie au sein des entreprises logistiques constituant un de leurs principaux axes d’amélioration, elle vient de fait transformer leurs métiers détaille Hugo Rouet : « Un technicien de flotte automobile électrique n’est pas forcément le même qu’un technicien de flotte standard. On va donc voir émerger ce type de poste ». De manière plus générale, des formations sur le sujet et une sensibilisation aux techniques d’amélioration continue et aux enjeux écologiques se développent. « Il y a déjà de grands groupes qui proposent ce genre de formation à l’écoresponsabilité en interne », observe-t-il. Un sujet d’ampleur qui vient également toucher au maillon final de la chaîne et aux démarches de livraison urbaine, poussées par des enjeux environnementaux. « La logistique du dernier kilomètre va-telle générer des emplois ? On entend parler de ‘’coordinateur livraison urbaine’’, pourquoi pas ? », s’interroge Alain-Bernard Duvic tout en soulignant un stade de maturité encore à atteindre dans ce domaine. L’Étude des rémunérations 2020 publié en septembre 2019 par le spécialiste du recrutement et de l’intérim PageGroup, détaille également ces nouveaux besoins, indiquant : « En aval, une distribution de plus en plus personnalisée (logistique du dernier kilomètre) et, si possible, verte, appelle des postes de répartiteurs, de planificateurs transport et de reverse logistics (litiges logistiques) que l’on qualifie comme étant en tension ». Il existe déjà des personnes dédiées à la gestion du dernier kilomètre chez les prestataires spécialisés, observe de son côté Sébastien Perdereau : « Il y a tellement d’enjeux autour de la logistique urbaine qu’on peut effectivement imaginer des profils qui n’interviendraient que sur ce sujet ». Des questions encore en suspens mais qui peuvent conduire à un champ exploratoire sur un métier plus global, « peut-être dans les administrations sur de la conception de circuit de logistique urbaine, de la coordination des différents types de logistique, et de l’intégration de systèmes logistiques en ville », anticipe Alain-Bernard Duvic.

 

Répondre aux enjeux environnementaux

Si le sujet n’est pas encore mûr, il en est de même pour celui de la logistique circulaire intégrant le pilotage des retours, la planification transport, la collecte des déchets… « Certaines entreprises comptent des postes de reverse logistics managers dans des environnements où il y a des gros flux de retour avec des évacuations de déchets ou du recyclage. Ce sont de véritables fonctions ayant un avenir et elles se feront en lien avec la distribution qui devra intégrer la reverse dans son plan de distribution », poursuit Alain-Bernard Duvic. Cette supply chain circulaire et les défi s qu’elle engendre devrait conduire à la création de fonctions dédiées à sa conception au sein des entreprises. Des nouveaux postes dont le domaine de rattachement n’est pas encore bien défini : seront-ils intégrés à la supply chain, à l’activité industrielle ou à l’opérationnel ?

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Rémnuérations : où en est-on ?

Métiers en tension, profils recherchés, les rémunérations observées dans la filière viennent de manière générale s’ajuster aux besoins et à la rareté des profils, avec des salaires globalement en augmentation dans le secteur de la logistique et de la supply chain.

La rareté de certains profils dans la supply chain conduit à des rémunérations alléchantes et fortement évolutives sur certains postes. « Un prévisionniste peut prétendre à des niveaux de salaire entre 33 et 36 K€ annuels en fixe. En tant que pilote de flux, coordinateur logistique, les rémunérations vont plutôt osciller entre 30 et 35 K€ en début de carrière et le chef de projet/analyste supply chain entre 38 et jusqu’à 44- 45 K€ après deux à trois ans d’expérience, en fonction de l’école d’ingénieur ou de commerce », estime Hassan Sangare. « En sortie d’école, on observe également une vraie pénurie de profils sur les acheteurs logistiques et transport. Ainsi, certaines entreprises vont recruter des profils junior, sortis d’école, qu’ils vont former eux-mêmes sur des rémunérations de 38-40 K€ par an », indique Sébastien Perdereau. Le spécialiste du recrutement et de l'intérim spécialisé PageGroup a de son côté publié en septembre 2019 son Étude de rémunérations 2020 sur 781 métiers parmi lesquels figurent ceux des achats et de la supply chain. Le document présente leurs rémunérations annuelles brutes fixes en milliers d’euros, selon le nombre d’années d’expérience pour des postes situés en région parisienne. Sur les métiers du transport, l’enquête observe que les fonctions de directeur d'agence, d'affréteur-agent de transit et de responsable-déclarant douane voient leurs salaires augmenter, tandis que ceux de directeur – responsable transports (35-48 K€ de deux à cinq ans d'expérience, de 45-110 K€ de cinq à quinze ans) et de gestionnaire – litiges transports stagnent. La rémunération du directeur supply chain augmente selon l’étude : de 75 à 110 K€ pour deux à cinq ans d'expérience, de 85 à 200 K€ pour cinq à quinze ans tandis que le directeur de site logistique gagne de 55 à 80 K€ de deux à cinq ans et de 60 à 100 K€ de cinq à quinze ans. De manière générale les rémunérations sont en hausse observe l’enquête PageGroup, y compris sur la fonction de magasiniermanutentionnaire (18 à 24 K€ de zéro à deux ans, 26 à 30 K€ de cinq à quinze ans), mises à part pour les fonctions de responsable – gestionnaire planification-ordonnancement et de chef d’équipe qui restent stables. Difficile pour autant d’estimer les salaires de certaines fonctions, telles que celle de directeur supply chain où les rémunérations peuvent aller du simple au quintuple. Idem pour le chef d’équipe logistique, qui peut autant être amené à gérer un entrepôt de 100 m² avec cinq personnes qu’une plateforme de grande distribution de 50 000 m² avec une centaine de salariés. Il pourra au moins prétendre, selon Hugo Rouet, à un salaire annuel au-dessus de 31 K€ bruts annuels : « Je refuse de travailler avec les entreprises qui me demandent de le recruter au-dessous car je considère que cela est sous-payé. Aujourd’hui, la fourchette honnête de rémunération pour des chefs d’équipe logistique se situe entre 31-32 K€ et cela peut monter jusqu’à 36-38 K€ », commente-t-il. Il ressort enfin de l'étude que « le demand planner devient stratégique et voit sa rémunération augmenter » : 35 à 40 K€ de zéro à deux ans d'expérience, de 45 à 65 K€ de cinq à quinze ans.

BUZZ LOG
“Il faut aller vers le ré-engineering permanent des organisations logistiques, avec une re-conception permanente des réseaux, des méthodes et des savoirs faire”
— Phillippe-Pierre Dornier, président de Newton.Vaureal Consulting
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