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Supply chain : des métiers en transformation

29.04.2020 • 10h00
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par Charlotte COUSIN
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Au coeur d’une filière qui recrute, les métiers de la supply chain évoluent en parallèle des mouvements qui habitent le secteur. Automatisation de l’entrepôt, digitalisation des flux et acteurs multicanaux en croissance contribuent à la transformation des fonctions au sein d’un secteur encore en manque de reconnaissance et de visibilité.

1. Des métiers en transformation

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À l’heure de la mécanisation et de la digitalisation, de l’extension des maillons de sa chaîne logistique et des attentes de plus en plus fortes en matière de RSE, le secteur large et protéiforme de la supply chain est en quête de profils spécifiques.

Les métiers du transport et de la logistique sont pourvoyeurs d’emplois – ils représentent plus d’1,9 million de postes en France selon Pôle Emploi – et l’éventail des besoins prouve la richesse d’une filière en mutation. « En termes de volumétrie, les postes les plus recherchés concernent principalement les métiers historiques de la supply chain, à savoir l’exploitation logistique et la distribution pour environ 40 %. Il s’agit de postes de responsable/ directeur d’exploitation, directeur de site logistique mais également celui de responsable transport et responsable affrêtement », introduit Sébastien Perdereau, practice manager au sein du cabinet de recrutement Michael Page.

 

Les profils les plus recherchés

Évidemment, les bouleversements à l’oeuvre dans le secteur tendent à modifier ses besoins et à faire évoluer les compétences. À l’instar de la fonction de responsable d’exploitation, aujourd’hui davantage envisagée comme un orchestrateur de commandes, selon Alain-Bernard Duvic, directeur associé du cabinet de conseil Eurogroup Consulting : « C’est un métier dorénavant beaucoup plus intéressant mais dont la dimension managériale s’allège. Réception, dépalettisation, préparation, convoyage : toutes ces tâches vont progressivement diminuer et la fonction de responsable d’exploitation, qui était un des premiers rôles d’encadrement, va davantage se concentrer sur le pilotage de flux et la coordination dans une perspective de qualité client ». Les besoins en la matière sont tels que l’on voit d’ailleurs apparaître des fonctions de « pilote de flux logistiques » ou « coordinateur logistique », l’intitulé variant selon les sociétés : « Il s’agit globalement d’un chef d’orchestre dans la gestion des flux physiques, garant du respect des délais et de la maîtrise des coûts », détaille Hassan Sangare, senior manager du cabinet de recrutement Fed Supply. L’automatisation croissante va également avoir des répercussions sur des profils moins qualifiés au sein de l’entrepôt, et qui voient leur métier se transformer. Une situation observée par Hugo Rouet, consultant recrutement pour la division Supply Chain, Logistique, Achats & ADV du cabinet de recrutement de cadres Spring, dont la maison-mère, le groupe Adecco, gère le recrutement de profils de type ouvrier : « Il y a de moins en moins de demandes pour des métiers de ce type au profit de profils plus techniques : technicien de maintenance, de production, opérateur logistique. Ces postes ont l’avenir devant eux… », juge-t-il.

 

Des métiers qui se transforment

Cette montée technologique, notamment initiée dans le secteur de la logistique par l’avancée de la mécanisation, conduit à l’arrivée de profils différents : « On observe des nouveaux besoins, notamment une montée en qualification des opérateurs pour effectuer de la maintenance de premier niveau ou de la surveillance et pilotage d’automates, détaille Alain-Bernard Duvic. Ce mouvement va s’amplifier dans la mesure où la mécanisation se développe de plus en plus : AGV, cobots, exosquelettes, etc. ». Une transformation également visible sur les postes de managers supply chain. Sébastien Perdereau observe une fonction qui évolue, voire qui se met en place dans certaines entreprises. « Il y a eu un déficit de compétences sur ces profils. On va généralement s’orienter vers des personnes de formation Bac +5 avec un parcours sur au moins un métier de la supply chain. Les parcours d’experts de 20 années d’expérience et plus tendent aussi à être valorisés », détaille-t-il. L’intégration croissante de nouveaux process (automatisation, IA, industrie 4.0) requiert des métiers de plus en plus digitalisés. « Les profils de data analysts, qui vont manipuler de la donnée en masse et intégrer l’intelligence artificielle, commencent à être recherchés », commente Antoine Bernard, directeur général délégué du cabinet de conseil en management Citwell. « Les fonctions intitulées prévisionnistes des ventes, business analyst sont de plus en plus demandées, corrobore Hassan Sangare. Il s’agit de personnes qui vont assurer l’analyse et le traitement de certaines données dans l’objectif d’émettre des recommandations pour optimiser les processus ou permettre une meilleure maîtrise des coûts ». Et ces postes de data analysts, déjà existants chez les grands industriels et distributeurs, devraient continuer de se développer : « Cela va dans le sens de l’histoire, indique Sébastien Perdereau. Même si nous les voyons encore assez peu, il s’agit d’un poste à très forts enjeux ». Pour les recruter, trois options : aller chercher un profil supply, un profil financier avec une appétence pour l’opérationnel supply, ou encore un profil DSI (digital) ayant déjà travaillé sur une distribution supply chain. « Cela peut donc intéresser beaucoup de monde et les entreprises privilégient souvent les recrutements en interne », poursuit- il.

 

Si la gestion de la data et la mécanisation conduisent à l’apparition de postes de plus en plus connectés et digitalisés, les ressources humaines habitent encore le monde de la logistique et sont nécessaires à l’encadrement des salariés. Hugo Rouet, observe ainsi une année 2019 très chargée pour son cabinet en recrutement de chefs d’équipe : « Aujourd’hui la volonté des entreprises logistiques est de pérenniser les équipes car ce sont globalement des postes complexes avec un fort investissement humain et personnel demandé », explique-t-il. Face aux nombreux bouleversements à l’œuvre dans le secteur, les responsables de projets font florès. « Les recrutements que nous faisons sur cette fonction ont été multipliés par quatre en cinq ans », indique Sébastien Perdereau. Alain-Bernard Duvic souligne quant à lui la spécificité des profils recherchés, dotés d’une forte connaissance du métier et prenant en compte l’imbrication de systèmes beaucoup plus complexes qu’auparavant ainsi que la digitalisation des opérations. Une capacité d’agrégation et de construction, voire d’invention de process au cas par cas, qui conduisent le chef de projets à devenir un « véritable poste-clé » dans les entreprises. « Nous enregistrons des demandes assez importantes d’analystes supply chain ou de chefs de projet supply chain. Quelqu’un qui va intervenir sur l’amont et l’aval pour les processus logistiques : approvisionnement, distribution, gestion des stocks… Nous avons généralement des profils plutôt issus d’une formation d’ingénieur ou d’école de commerce Bac +5 », détaille Hassan Sangare.

 

Les métiers en tension

Parmi ces fiches de postes de plus en plus recherchés, lesquels d’entre eux sont en tension ? « En premier lieu, les responsables et les déclarants douanes ; ensuite les chefs de projet en bureau d’études, en particulier chez les prestataires, et enfin tous les profils des métiers historiques (exploitation logistique, transport) avec une formation Bac+5 », résume Sébastien Perdereau, observant un secteur généralement en tension, voire parfois pénurique. Les postes en douanes souffrent d’un déficit d’image et de notoriété : « Beaucoup y viennent par hasard et l’on bataille pour trouver les bons candidats. Nous sommes obligés d’orienter nos clients vers des profils alternatifs, de type responsables logistiques importexport qui vont ensuite être formés à la douane… », poursuit Sébastien Perdereau. Citons également évidemment le métier de chauffeur, où les besoins sont forts, avec, selon l’étude Les métiers en 2022, de France Stratégie, 223 000 postes à pourvoir d’ici 2022. « La concurrence internationale a clairement paupérisé ce métier, ce qui fait qu’il n’attire plus les candidats manquant de qualifications », observe Alain-Bernard Duvic qui souligne le besoin de rendre attractive cette fonction, notamment via une revalorisation salariale.

 

« Les chefs de projet supply chain avec une forte dimension SI sont toujours recherchés sur un marché en tension », remarque également PageGroup dans son Étude de rémunérations 2020. Pourquoi ? « Parce que nous avons affaire soit à une importante masse de candidats très opérationnels, soit à des jeunes en Bac+4, Bac+5, issus de bonnes écoles et plutôt axés sur la supply chain. Et, de manière générale, on recherche des profils de plus en plus diplômés avec des exigences techniques et intellectuelles fortes mais bénéficiant également d’un démarrage sur le terrain. Le tout pour combiner ensuite, au bout de deux à cinq ans d’expérience, des compétences techniques et opérationnelles et des capacités de management d’hommes », estime Hugo Rouet. « Ces profils sont de plus en plus courus car beaucoup d’entreprises se lancent dans des projets de transformation de leur supply chain et la dimension SI y est très importante, confirme Philippe Bornert, PDG du cabinet de conseil et organisme de formation en supply chain Agilea. Il s’avère compliqué de trouver les bons candidats dotés à la fois d’une expertise “data science”, et capables de manipuler des outils statistiques tout en possédant une culture métier ». Au final, les chefs de projets voient leur métier se transformer, conduisant à la recherche de profils de plus en plus polyvalents, également dotés d’une dimension internationale. Une équation difficile à trouver et une rareté qui se monnaie forcément : « Il y a un véritable dumping sur les niveaux de salaire demandés par ces profils-là. Même sur des sortants d’école, les jeunes ont parfois des prétentions indécentes parce qu’ils savent qu’il y a pénurie », estime Philippe Bornert.

 

Des spécificités selon les secteurs

Enfin, si des constantes d’innovation se retrouvent en matière de candidats recherchés, leurs spécificités peuvent varier selon les domaines d’activité. Dans celui de la pharmacie, « il s’agira d’un profil combinant connaissances de la réglementation et expertise en supply chain, avec une forte sensibilité aux nouvelles problématiques comme celles de la sérialisation », indique Patrick Sayegh, talent manager au sein du groupe Citwell. L’automobile de son côté sera plutôt en quête, poussée par les sujets d’automatisation et d’intelligence artificielle, de profils technologiques, capables de faire entrer l’IA dans le S&OP par exemple. Quant au secteur de l’agroalimentaire, dont certaines filières travaillent avec l’univers de la grande consommation, « il va davantage orienter ses recrutements vers des profils de coordinateurs logistiques, réalisant l’interface entre la logistique de l’entreprise et celle du client. Et pour les entreprises de type coopératives, les notions de trade managing vont primer : on va prendre des options sur des achats d’orges, de céréales qui vont avoir un impact très fort sur la façon de gérer la supply chain », complète Patrick Sayegh. Des spécificités qui varient donc mais qui dans leur ensemble misent avant tout sur une polyvalence de compétences et de qualités alliée à une capacité de transformation et une philosophie du changement, inhérentes au secteur.

BUZZ LOG
“Il faut aller vers le ré-engineering permanent des organisations logistiques, avec une re-conception permanente des réseaux, des méthodes et des savoirs faire”
— Phillippe-Pierre Dornier, président de Newton.Vaureal Consulting
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