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Une chaîne d'acteurs engagés pour la revalorisation des déchets

23.04.2020 • 09h42
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par Emilien VILLEROY
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2. Ecosystem, acteur central de la gestion des déchets

Donneur d’ordres sur l’organisation opérationnelle de la filière de collecte et de traitement des déchets d'équipements électriques et électroniques ménagers en France, l’éco-organisme Ecosystem a collecté plus de 80 millions d’appareils électriques en 2019.

Collecter, dépolluer et recycler les déchets électriques et électroniques : voilà la mission colossale à laquelle s’attèle Ecosystem depuis désormais plus de 12 ans. Éco-organisme non lucratif, son rôle est d’organiser pour le compte des producteurs (fabricants et importateurs) l’ensemble des opérations de collecte et de dépollution en France. Une place centrale dans une filière réunissant nombre d’acteurs différents. « Nous sommes en relation avec les pouvoirs publics, les associations de consommateurs et de protection de l’environnement, les producteurs et metteurs en marché, les partenaires de la collecte – collectivités locales, distributeurs, récupérateurs –, les prestataires logistiques et de traitement… Nous échangeons donc avec un réseau composé de près de 20 000 parties prenantes », explique Nathalie Yserd, déléguée générale d’Ecosystem. L’occasion d’être un interlocuteur de choix sur l’ensemble du cycle de vie de quatre grandes familles de produits : les équipements électriques et électroniques – ménagers et professionnels –, les lampes et les petits extincteurs. Ce spectre regroupe près de 4 000 fabricants et importateurs pour lesquels Ecosystem est chargé de collecter les équipements, de les dépolluer et les traiter, pour en récupérer des matières premières et secondaires qui pourront être proposées à nouveau sur le marché dans le cadre de l’économie circulaire. « Quand vous fabriquez un produit, vous partez d’une matière concentrée que vous allez éclater dans une multitude de produits qui vont ensuite être distribués, achetés et utilisés. Notre vocation, c’est de reconcentrer cette matière : nous récupérons ces produits pour pouvoir, via nos sites de traitement et grâce à une logistique inversée, faire la dépollution et reproduire de la matière, qui sera à nouveau disponible pour fabriquer de nouveaux équipements ».

 

Engagés parfois depuis la création d’Ecosystem, les industriels s’associent de leur côté avec l’eco-organisme pour la création d’une filière d’excellence sur la dimension environnementale, sociale et industrielle. « Nous les accompagnons également sur la question de l’éco-conception – afin qu’ils puissent, en amont, améliorer la fin de vie des produits – ainsi que sur la R&D pour imaginer les techniques de recyclage et de revalorisation de demain ». Des collaborations nécessaires face aux évolutions technologiques. « Nous voyons par exemple le développement de la plastronique, c’est-à-dire l’intégration des circuits électroniques directement au sein des équipements, épousant leur forme. Cela donne beaucoup d’opportunités pour un fabricant en termes de design ou de fonctionnalité, mais, côté recyclage, il y a de vrais challenges. Certains producteurs nous ont donc intégrés dans la boucle de réflexion pour appréhender, avant même que les produits soient lancés, la gestion de la fin de vie et de la dépollution de ces nouveaux types d’équipements », raconte Nathalie Yserd.

 

400 000 enlèvements par an

Pour la collecte et le traitement, Ecosystem fonctionne sur un système d’appels d’offres sur des contrats de trois à quatre ans avec différents acteurs. C’est plus d’une centaine d’opérateurs qui travaillent aujourd’hui avec l’éco-organisme, dans une approche de proximité. « Nous avons un maillage très fin de points de collecte, au travers des collectivités locales ou des distributeurs, dans une approche régionale ». L’année 2020 sera d’ailleurs marquée par un nouveau cycle d’appels d’offres sur ce segment, effectifs au premier trimestre 2021 [cet appel d'offre a été décalé à 2021 avec mise en œuvre retardée suite à la crise du Covid-19, ndlr]. Cette approche est similaire pour la dépollution, qui est opérée sur 90 sites industriels en France. « Nous avons un cahier des charges extrêmement strict avec des procédures de contrôles très poussées pour s’assurer de la conformité des prestataires ». Une rigueur nécessaire face aux volumes traités annuellement par Ecosystem : plus de 600 000 tonnes collectées (75 millions d’unités pour le ménager et plus de 49 millions pour les lampes), 400 000 enlèvements par an et 7 200 personnes qui travaillent pour l’écoorganisme au travers des prestations logistiques, de traitement et de réemploi. « C’est un marché qui est en train de poursuivre sa professionnalisation et sa structuration, s’adaptant constamment aux évolutions de la réglementation. Nous collectons de plus en plus de déchets et il est nécessaire d’évoluer pour mettre en place des sites industriels performants. Et nous sommes très attachés à développer cette expertise en France : la dépollution doit se faire au plus près de la production du déchet de manière à éviter des transferts de pollution, par les déplacements logistiques forts qui émettraient du CO2, ou par de l’exportation à l’étranger non contrôlée », détaille Nathalie Yserd.

 

En effet, 100 000 tonnes de produits quittent encore chaque année le territoire français de manière illégale pour être envoyées vers des pays en voie de développement où la question de la dépollution n’entre pas en ligne de compte. Ecosystem essaie de diminuer ces transferts, grâce à des réseaux solides, capables de traiter efficacement ces flux importants. Mais sur le sujet, les différences fiscales aux frontières complexifient parfois la situation. « En France, les transactions sur les matières métalliques ne peuvent pas être payées en liquide, seulement en chèque ou virement, ce qui offre donc une vraie traçabilité. Mais ce n’est pas le cas dans les pays frontaliers malheureusement », souligne Nathalie Yserd.

 

Un axe social et solidaire

Autre axe important pour Ecosystem : l’économie sociale et solidaire, afin d’alimenter des réseaux avec des équipements qui peuvent encore avoir un deuxième ou troisième vie. Sur le sujet, Ecosystem travaille principalement avec Emmaüs et Envie. « Sur les années 2018 et 2019, nous leur avons confié près de 45 000 tonnes d’équipements électriques et électroniques qui viennent en majorité des distributeurs ». Ecosystem met ainsi à leur disposition des équipements collectés pour qu’ils puissent, après vérification et réparation, les mettre à disposition dans leur propre réseau de vente à des prix solidaires. Les équipements hors d’usage réintègrent eux les circuits de recyclage, de traitement et de revalorisation. Et alors que la question de la réparabilité est au coeur du projet de loi sur l’économie circulaire récemment votée, Ecosystem souhaite là encore être présent : « Nous sommes en réflexion avec le réseau Envie pour mettre en place un gisement de pièces détachées d’occasion, prélevées sur les équipements, et qui pourraient être mises à leur disposition et demain, peut-être, proposées à des particuliers et des professionnels », dévoile Nathalie Yserd.

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“Les entreprises ont tendance à considérer leur supply chain comme un levier et à oublier que certains modes de fonctionnement avec les clients et des fournisseurs peuvent également être créateurs de valeur”
— Elisabeth Auzanneu, associée chez Diagma
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