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Entrepôts

Courir s’automatise pour accélérer ses développements à Montierchaume

09.11.2022 • 11h15
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par Emilien VILLEROY
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L'extérieur du site
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La solution miniload
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Dans la mezzanine de l'entrepôt
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La zone de préparation en mezzanine
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Au printemps 2022, l’enseigne française Courir ouvrait sa nouvelle plateforme logistique de Montierchaume (36). Un hub fortement mécanisé, œuvrant pour ses magasins et ses flux e-commerce, qui servira de levier à ses développements européens et digitaux.

En 2020, une chaussure sur deux vendue en France était une « sneaker ». Un segment de taille sur un marché qui représente 3 milliards d’euros dans l’Hexagone, avec un fort taux de croissance depuis trois ans. Et si le monde de l’habillement peut connaître actuellement un léger recul dans un contexte inflationniste, le monde de la chaussure reste lui fort et dynamique (avec une croissance prévue de 4,5 % par an jusqu’en 2026), peu touché par les arbitrages financiers des consommateurs, car la chaussure reste non seulement un produit tendance, mais aussi soumis à l’usure et aux achats réguliers. C’est donc dans ce contexte propice que l’enseigne française Courir maintient depuis 2016 sa position de numéro 1 de la vente de sneakers en France, tous canaux confondus, avec 16 % de parts de marchés. « Nous avons eu un volume d’affaires de 515 millions d’euros en 2021 et avons vendu 6 millions de sneakers en France sur cette période », résume Pierre Chambaudrie, président de Courir. Pour cela, l’entreprise peut compter sur un réseau de 312 magasins en Europe – plutôt pas touchés par une baisse de trafic actuellement : « Au contraire, on constate une hausse dans nos outils. Cela ne veut pas dire que la situation économique ne pourra pas changer cette tendance, mais on voit que la chaussure reste un marché de plaisir, avec une envie de voir et d’essayer en magasin », souligne Pierre Chambaudrie. Courir s’appuie aussi sur une activité e-commerce qui représente désormais 18 % de l’activité de l’enseigne (un chiffre multiplié par trois depuis 2019, confinements obligent, mais aussi grâce au travail de rattrapage sur ce segment mené par le groupe depuis 2016).

 

Une montée des services digitaux

L’entreprise a su faire évoluer son positionnement digital ces dernières années. En 2014, elle avait pris la décision de lancer son site e-commerce. Le début d’une stratégie déclinée avec plusieurs services omnicanaux dans le temps : l’order-in-store dès 2016 (représentant 4 à 5 % de l’activité d’un magasin aujourd’hui), l’e-reservation en 2017, puis le click-and-collect et le ship-from-store en 2021. « Ce sont des services qui fonctionnent bien, au-delà de nos attentes. Le métier de vendeur a changé et nous avons piloté la conduite du changement avec notre partenaire SoCloz sur le sujet, avec des outils faciles à prendre en main pour voir les commandes qui arrivent et les réservations. De plus, toutes ces activités digitales rentrent dans le business de la boutique », détaille Pierre Chambaudrie, jugeant que « cette stratégie omnicanale fait la force et la différence de Courir sur le marché français ». Courir souhaite également poursuivre son développement européen, mené avec vigueur depuis maintenant cinq ans, avec des ouvertures de magasins dans cinq pays. Le processus a commencé en 2018 avec l’Espagne, qui affiche aujourd’hui 20 magasins et 227 collaborateurs pour un chiffre d’affaires prévu à 25 millions d’euros pour 2022. Ont suivi la Belgique (21 magasins, 245 salariés et 33 millions de CA) et le Luxembourg (2 magasins, 25 personnes et 4 millions de CA) en 2019, puis le Portugal en 2020 (4 magasins, 41 employés, pour 6 millions de CA). Cette année, c’est sur le marché très concurrentiel du Pays-Bas que Courir s’est lancé, avec d’ores et déjà trois magasins dans le pays. Si l’entreprise souhaite consolider et renforcer le potentiel de ces différents territoires (en passant à 40 magasins en Espagne par exemple), elle se tourne également vers d’autres pays. « Notre politique est de lancer un pays par an, avec une vraie densité de magasins, qui s’équilibre avec une stratégie digitale ». Dans ce sens, l’entreprise vise une activité portée d’ici 2026 à 25 % par le digital et à 25 % par les magasins à l’international.

 

Une plateforme européenne centrale

Face à ces ambitions, Courir a donc décidé de muscler également sa logistique, en ouvrant en avril dernier une nouvelle plateforme, unique et européenne, pour accompagner sa croissance et la hausse de son activité. Le site se situe à Montierchaume (36), à quelques kilomètres de Châteauroux où l'enseigne disposait déjà d’un entrepôt depuis près de 20 ans. Un site manuel qui commençait à montrer ses limites et qui n’était pas adapté à la croissance de l’activité e-commerce. Courir a donc lancé un appel d’offres à la mi-2019. C’est son prestataire historique (depuis 2014) ID Logistics qui l’a remporté, pour de multiples raisons, comme l’explique Yves Simon de Kergunic, directeur informatique et supply chain de Courir : « Ce projet répondait à nos attentes de services et de capacité, avec des aspects environnementaux intégrés dans le bâtiment, certifié Breeam Very Good, avec une gestion responsable de l’eau et des panneaux solaires sur toute la toiture. Mais il y a avait la possibilité de valoriser les équipes qui nous accompagnaient déjà à Chateauroux depuis des années. Cela nous a permis de sécuriser le démarrage et les emplois, et l’intégralité des salariés nous ont suivi dans ce transfert d’activité, auxquels se sont ajoutés 30 nouveaux recrutements, soit un total de 170 collaborateurs, qui travaillent du lundi au samedi matin. C’est une marque de pérennité pour la région, mais aussi une façon de développer de nouvelles compétences pour nos équipes ». En effet, le site, d’une surface de 23 000 m² sur deux cellules (18 000 m² au sol + mezzanines), est équipé de nouvelles technologies d’automatisation qui ont transformé les process sur place d’un bout à l’autre de la chaîne logistique, permettant de « mettre en adéquation l’outil logistique face aux besoins de capacité de stockage, de réduction du temps de livraison et de fiabilité des flux » comme l’explique Frédéric Grenier, group business development director chez ID Logistics. Si l’investissement de 15 millions d’euros sur la mécanisation a été porté par ID Logistics pour Courir, l’enseigne deviendra à terme propriétaire de cette mécanisation, ce qui lui permet de garder la main sur ses équipements. Les solutions automatisées ont été construites par SSI Schaefer et les flux ont été conçus par Diagma. Côté WMS, l’entrepôt utilise LMXT de Savoye, ainsi que les solutions put-to-light de l’éditeur. De quoi répondre à des flux importants : l’an dernier, 15 millions de pièces ont été expédiées en BtoB et 1,5 million en BtoC.

 

Une logistique mécanisée en perpétuelle optimisation

La mécanisation du site débute dès la réception, avec des convoyeurs télescopiques qui entrent dans les camions et permettent un traitement rapide. Depuis ses 55 fournisseurs, Courir reçoit quotidiennement des camions avec des palettes hétérogènes ou du chargement en vrac, qui va être éclaté pour intégration dans le système mécanisé. Chaque colis va alors être mesuré, pesé et contrôlé par le système, et une étiquette est apposée sur deux côtés du carton pour permettre un suivi précis. Deux chemins sont alors possibles : si beaucoup de références communes sont présentes, celles-ci vont être consolidées en palettes complètes, filmées puis stockées dans des racks grande hauteur de 6 000 emplacements, dans un des espaces de l’entrepôt. Sinon, les cartons vont être stockés dans un système miniload de 96 mètres de long et 16 mètres de haut, et composé de huit allées pour 80 000 emplacements.

 

Lorsqu'ils partent pour la zone de préparation et d’expédition, les colis sont repris par le miniload. Le sommet du carton est ouvert automatiquement par un robot de découpe qui en enlève la coiffe. Ainsi, quand le colis arrive en zone de préparation, le salarié n’a plus besoin de l’ouvrir (une tâche fastidieuse qui occupait quatre personnes sur le site précédent), ce qui réduit le temps de traitement et les risques à l’ouverture. Selon les prévisions de ventes, les colis vont alors être répartis dans différentes zones. Les produits de faible rotation ainsi que les produits d’habillement (un segment que Courir développe à côté des chaussures) sont amenés dans une zone de stockage en mezzanine, sur trois étages, avec 37 000 emplacements. Les produits sont transportés par des ascenseurs et les opérateurs les placent dans des casiers jusqu’à ce qu'ils repartent en expédition. Mais l’entrepôt dispose également à côté d’une zone dédiée aux produits très demandés, située juste à côté des espaces de préparation. Celle-ci devait répondre à une problématique très particulière de Courir : une difficulté à identifier une gamme de produits à forte rotation sur le long terme. « En faisant l’analyse des portefeuilles des magasins, on constate que les meilleures ventes d’un jour ne sont pas celles du lendemain. Nous avons donc décidé de créer une zone capable de stocker 700 références parmi les 20 000 dans l’entrepôt. Quotidiennement, l’outil informatique regarde les commandes, analyse les sorties les plus importantes à venir et sélectionne les produits qui vont être placés dans cette zone. Celle-ci est alimentée avec 14 gares de réception avec des étagères équipées de solutions put-to-light. Elle est totalement réapprovisionnée et réorganisée tous les soirs par une équipe chaque nuit, afin de préparer la journée suivante. Et l’objectif est bien sûr que cette zone soit intégralement vide à la fin d’une journée de travail », détaille Yves Simon de Kergunic. La partie de préparation se divise de son côté en plusieurs étapes : aussi bien dans les mezzanines que dans la zone à forte rotation, les opérateurs prélèvent les produits à expédier qui sont placés dans des cartons. Ceux-ci sont ensuite envoyés pour palettisation (à destination des magasins) ou pour du packing e-commerce. Avec un panier d’achat moyen de 1,2 produits, la plupart des commandes sont plutôt mono-produits. Les rares commandes multi-produits e-commerce sont gérées par des équipes après ventilation, avec différents formats de colis pour optimiser le remplissage. Les commandes sont ensuite transportées par les convoyeurs jusqu’à l’expédition, avec des arrivées dédiées pour chaque quai. Le transport est assuré par plusieurs prestataires, principalement Geodis, implanté à proximité de l’entrepôt de Courir, mais d’autres acteurs également selon les zones d’expédition.

 

De meilleures performances

Depuis ce site central, c’est l’intégralité de l’activité de Courir qui est adressée, des réceptions fournisseurs jusqu’aux expéditions partout en Europe sans velléité de lancer un autre site pour le moment. « Nous sommes sur des géographies assez proches pour le moment. La question se posera peut-être dans le futur, mais pour le moment, une organisation multi-entrepôt serait moins efficace », explique Marion Riffard, directrice supply chain et audit chez Courir. Celle-ci souligne les différents bénéfices de ce nouveau site : « Nous avons une qualité améliorée au niveau de l’approvisionnement des magasins, et le système nous permet de prioriser les expéditions selon les besoins. Et côté e-commerce, nous sommes passé d’une préparation e-commerce en 24 heures à 30 minutes seulement en moyenne, en prenant en compte les dimanches. Ce sont donc des performances élevées, et nous sommes encore en montée de charge ». Au total, ce site permet à Courir de traiter 80 000 pièces par jour en moyenne. Un chiffre qui connaît déjà de belles variations durant les pics d’activité de l’entreprise (rentrée des classes, Black Friday et fêtes de fin d’année) qui peuvent grimper à 140 000 pièces quotidiennes (grâce à l’aide d’équipes complémentaires en intérim). Et les recrutements vont s’étendre avec déjà une trentaine de postes de ligne de mire. Mais Courir a voulu voir grand avec ce site et assurer son développement dans les années à venir : le terrain de deux hectares dispose d’une réserve foncière qui pourra augmenter la surface du site de 12 000 m² sur deux cellules complémentaires, tandis que les solutions mécanisées peuvent être étendues. Au final, l’entrepôt pourrait ainsi traiter jusqu’à 200 000 pièces par jour. Un atout de choix alors que Courir souhaite accélérer son déploiement digital et international dans les années à venir.

 

Le site de Courir en images :

Le site de Courir à Montierchaume en chiffres :

■ 23 000 m² sur deux cellules avec mezzanines ;

■ 80 000 pièces traitées chaque jour ;

■ 6 000 emplacements de palettes, 80 000 emplacements cartons dans le miniload ;

■ 20 000 références stockées ;

■ 170 salariés ;

■ 15 millions d'euros d'investissement pour le système mécanisé.

Plateforme Courir/ID Logistics
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