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Immobilier

Les réinventions environnementales de l'entrepôt

07.12.2020 • 10h30
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par Emilien VILLEROY
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Quartus

Outil clé d’une supply chain en quête de performance environnementale, l’entrepôt devient de plus en plus vertueux. Mais au-delà des certifications et des efforts réalisés durant la construction, c’est vers une utilisation durable des sites dans le temps que travaillent les acteurs de l’immobilier, avec de nouvelles innovations et un accent mis sur le pilotage.

Tous en quête de l’entrepôt vert ? Alors que l’écosystème de la supply chain cherche à intégrer les problématiques environnementales, les bâtiments logistiques montrent eux aussi patte blanche afin de réduire leur empreinte. Des efforts qui se traduisent très concrètement par la quasi-systématisation de la certification des sites construits, devenue en l’espace d’une décennie un indispensable pour les projets immobiliers sortis de terre. En France, elle est principalement déployée via les labels Breeam, standard britannique développé par la Building Research Establishment depuis 1986, et HQE (Haute qualité environnementale), son équivalent français lancé en 2004. Le Leed, version américaine créée en 2000, est lui moins courant en Europe mais présent dans certains projets. Ces labels viennent ainsi interroger la qualité énergétique du bâtiment, le management du chantier, mais aussi l’acoustique, l’écologie, l’analyse de cycle de vie... « Nous observons une demande presque systématique de certification environnementale des bâtiments. A minima, elle porte sur du Breeam Good ou HQE Excellent et il est de plus en plus fréquent que cette demande porte sur un niveau exceptionnel. Elle englobe les phases programmation et conception et doit permettre de minimiser les coûts d’exploitation et de maintenance des bâtiments. Depuis 2006, sur l’ensemble des nos opérations réalisées, 100 % sont certifiées, et 80 % ont une double certification », notent Jean-Louis Foessel et Christophe Ripert, respectivement directeur général logistique et directeur général délégué à la logistique urbaine chez Quartus. « La certification environnementale s’est banalisée. Avant, elle émanait d’une volonté de communication côté chargeur, mais les investisseurs ont depuis imposé cette demande de qualité sur l’ensemble de leurs projets », estime Didier Terrier, directeur général d’Arthur Loyd Logistique.

 

« Face aux coûts des évolutions environnementales demandées pour les bâtiments logistiques, la certification est devenue la solution de rentabilisation du surinvestissement : il faut l’avoir car on pourra alors mieux vendre le site. De toute façon, la question de la rentabilité ne peut pas se poser sur ces sujets. Une installation photovoltaïque peut être rentabilisée en 10-15 ans, mais toutes les autres mesures visant à réduire les émissions ont un ROI d’une centaine d’années ! Il faut donc envisager la rentabilité carbone plutôt qu’économique », constate Marc Esposito, directeur innovation chez GSE. Avec parfois un effet pervers : « Tout ce qui est en dehors des certifications peut devenir plus difficile à implanter : la production photovoltaïque n’était ainsi pas un indispensable des certifications, ce qui explique sans doute pourquoi l’État a légiféré sur le sujet ». Dans ce cadre, GSE a lancé récemment un programme de R&D baptisé « Bâtiment responsable ». « La certification est un coût fixe d’à peu près 100 000 euros. Pour des grands projets à 40 millions d’euros, ce n’est pas douloureux, mais des sites plus petits ne peuvent pas se le permettre. D’autant plus que les certifications adressent l’ensemble des sujets environnementaux, alors que certains utilisateurs avec des petits bâtiments ont des sensibilités environnementales plus ciblées. Nous avons donc lancé ce projet R&D pour les clients qui veulent bénéficier de notre savoir-faire autour de la certification, mais sur certains sujets seulement, afin de bénéficier de sites vertueux sans avoir à passer par des certificateurs », détaille Marc Esposito.

 

Analyses et aménagements

Comment se traduisent concrètement ces efforts environnementaux dans la construction des sites ? Tout d’abord par un accompagnement systématique dès le début du projet : « Nous analysons les sols avec nos expertises géotechnique et pollution. Durant la phase de chantier, nous mobilisons tous les intervenants pour la signature d’une charte qualité environnementale du bâtiment qui les engage dès le début du projet », expliquent Jean-Louis Foessel et Christophe Ripert. « Le respect du bon développement d’un chantier est devenu primordial. Cette démarche nouvelle rend le métier d’AMO [assistant à maitrise d’ouvrage] incontournable sur le marché de la construction, sécurisant l’investisseur et l’utilisateur grâce à sa vérification du bon traitement du chantier. C’est un marqueur de la volonté des acteurs du secteur d’avoir des sites bien faits », note Philippe Frerejean, consultant expert supply chain associé chez Arthur Loyd Logistique. « Nous mettons à l’œuvre les nouvelles règles constructives, en incorporant la nouvelle loi Énergie et Climat et les nouvelles directives, mais nous nous employons également à aller plus loin dans la qualité environnementale des bâtiments », déclare de son côté Thierry Bruneau, CEO de Catella Logistic Europe.

 

On voit apparaître des installations qui viennent accompagner la réduction des consommations. Du côté de l’eau par exemple, des systèmes de récupération sont intégrés, qui permettent la réutilisation de la pluie pour les sanitaires et l’arrosage sur le site. « Dans nos parcs, nous traitons les eaux de ruissellement sur place, plutôt que de les rejeter dans les collecteurs des municipalités. Cela évite de modifier les réseaux existants pour augmenter leurs capacités », développe Cécile Tricault, directrice France de Prologis. Chez Quartus Logistique, un bâtiment Breeam Very Good de 55 912 m2 développé à Courthézon (84) et livré en octobre 2020 a également pu prendre en compte cette question : « Le site, localisé en zone inondable, a été traité avec les contraintes PPRI (Plan de prévention du risque inondation). Les eaux pluviales sont récupérées pour être réutilisées dans les sanitaires ». Des initiatives qui peuvent être optimisées avec des détecteurs de fuites et des appareils sanitaires plus économes en eau.

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