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3. « Haropa Port joue un rôle d’aménageur avisé et de facilitateur »
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Haropa Port / Marin David | Le terminal conteneurs et marchandises diverses (TCMD), à Grand-Couronne, au sud de Rouen.Entretien croisé avec Dominique Ritz et Florian Weyer, directeurs généraux délégués de Haropa Port, exerçant respectivement à la direction territoriale de Rouen et à la direction territoriale du Havre.
Quels sont selon vous les principaux atouts de la Normandie pour la logistique et le transport de marchandises ?
Dominique Ritz (direction territoriale de Rouen) : La Normandie est historiquement un grand territoire logistique, fortement structuré par l’axe Seine, premier axe portuaire et fluvial de France. Elle bénéficie d’un atout unique : être une porte d’entrée et de sortie maritime pour la France, l’Europe et le monde, pouvant s’appuyer pour les post et pré acheminements sur la Seine, une infrastructure majeure de transport massifié, décarbonée et non saturée en relation directe avec l’un des premiers bassins de consommation européens. C’est la complémentarité entre les ports du Havre, de Rouen et de Paris qui a présidé à la création de Haropa Port, afin de renforcer la performance et la cohérence de l’axe Seine. Au cœur d’un tissu industriel et agricole dense et bénéficiant de la proximité de l’Île-de-France, cet écosystème a fait de la logistique un atout structurant du développement régional, reconnu dans le cadre du CPIER. La filière logistique représente aujourd’hui près de 90 000 emplois en Normandie, soit 9 % de l’emploi salarié régional, plaçant la région parmi les toutes premières en la matière au niveau national.
Quelle importance occupe Haropa Port en termes d’emplois locaux, au Havre et à Rouen ?
Florian Weyer (direction territoriale du Havre) : Véritable corridor logistique et industriel entre Paris, Rouen et Le Havre, l’axe Seine constitue un levier majeur pour l’implantation et la croissance des entreprises. Fin 2021, les zones industrialo-portuaires de Rouen et du Havre regroupaient plus de 1 300 établissements représentant quelque 50 000 emplois directs (30 000 au Havre et 20 000 à Rouen), soit 3,9 % de l’emploi salarié normand. Quatre de ces emplois sur dix sont intégrés au cluster maritime et portuaire. Cette part est plus importante au Havre (46 %) qu’à Rouen (29 %). La richesse dégagée de l’ensemble des deux zones industrialo-portuaires, dont les deux tiers sont issus du cluster maritime, est évaluée à 5,1 milliards d’euros, soit 8,6 % de celle de la région.
Dominique Ritz : On peut en outre rajouter que les études tendent à montrer que nombre d’entreprises implantées autour des zones industrialo-portuaires le sont pour la proximité des ports du Havre, de Rouen et des services, notamment en matière de logistique que ceux-ci offrent. Le rôle de Haropa Port sur l’emploi local est donc plus important que les seuls chiffres des zones industrialo-portuaires, même s’il est difficile d’en quantifier l’effet précis.
Que pensez-vous des écosystèmes de la Métropole Rouen Normandie et du Havre Seine Métropole, que ce soit en matière de dynamisme économique, d’innovation et d’engagement en faveur de la transition écologique ?
Florian Weyer : Les écosystèmes du Havre Seine Métropole et de la Métropole Rouen Normandie se distinguent par des dynamiques complémentaires. Au Havre, la combinaison entre les services d’un grand port maritime, une réserve foncière significative, un écosystème industriel structuré ainsi qu’une géographie qui limite les interfaces entre zones urbaines et zone portuaire offre des conditions particulièrement favorables à l’implantation de projets industriels et logistiques de nouvelle génération et de grande ampleur, notamment dans les filières de la transition énergétique et de la décarbonation.
Dominique Ritz : À Rouen, l’écosystème au niveau de la zone portuaire se caractérise par un tissu économique dense, fortement tourné vers le fleuve, et un environnement géographique sensiblement contraint qui incite à valoriser le foncier portuaire au service de l’innovation industrielle, de la logistique fluviale et de l’économie circulaire. Dans les deux territoires, Haropa Port joue un rôle d’aménageur avisé et de facilitateur, en mettant à disposition de manière maîtrisée des réserves foncières stratégiques pour accompagner un développement économique à la fois compétitif mais aussi durable, permettant tant au Havre qu’à Rouen de faire des zones industrialo portuaires des outils majeurs de la réindustrialisation verte et de l’innovation durable.
Quels projets normands (logistiques, industriels, infrastructurels…) suivez-vous actuellement de près, et pour quelles raisons ?
Florian Weyer : Haropa Port porte plusieurs projets structurants visant à moderniser ses installations et à proposer des infrastructures adaptées aux besoins des entreprises. À Rouen, un chantier d’envergure d’allongement et d’approfondissement est en phase d’achèvement au niveau du quai de Petit-Couronne, où le groupe BZ termine la construction d’un nouveau silo céréalier portuaire. Les travaux menés doivent accompagner un accroissement des trafics du port. Au Havre, le projet très attendu de la « chatière » à Port 2000, avance. Il permettra dès 2027 d’améliorer significativement la desserte de Port 2000 par le transport fluvial. Ces deux projets traduisent des ambitions claires au profit de la performance logistique de l’axe Seine. Parallèlement, Haropa Port accompagne l’implantation de nouvelles industries, notamment dans les filières des énergies vertes, et met à disposition des terrains clés en main. De nombreux projets sont en phase d’étude ou de réalisation, matérialisant l’ambition d’ériger la vallée de la Seine en corridor logistique et industriel décarboné. Enfin, nous suivons avec attention les grands projets d’infrastructures nationaux et européens, tels que le Canal Seine-Nord Europe. Avec les communautés portuaires, nous travaillons à ce que ces projets deviennent des atouts pour le développement économique de la région et du pays.