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La Normandie, un havre logistique

Publié le 16 avril 2026

7. Des énergies au service de la multimodalité

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Haropa Port / Samuel Salamagnon

Qu’elles soient renouvelables, nucléaires ou tout bonnement humaines, de nombreuses énergies sont mises au service du développement de la logistique et du transport en Normandie. Territoire multimodal par essence, la région s’illustre par des initiatives et des projets aux nombreuses ressources.

Le 17 mars 2025, la première pierre de la chatière – ouvrage visant à connecter Port 2000, port en eau profonde dédié au trafic de conteneurs sur Le Havre, au bassin de la Seine afin de renforcer la multimodalité – était posée. Trois jours plus tard intervenait la mise en service de la ligne de fret ferroviaire entre le port de Cherbourg et la ville de Bayonne (64) – liaison ayant par ailleurs connu un coup d’arrêt, à la suite du déraillement d’un train de marchandises survenu le 11 janvier 2026.

 

Ces projets d’envergure, parmi d’autres, illustrent les ambitions de la région en matière de développement durable et de multimodalité. Sur le territoire fleurissent ainsi de nombreuses réflexions et initiatives afin d’avancer collectivement sur le sujet et de faire évoluer un constat, parfaitement résumé par Juliette Duszynski, géographe, urbaniste et spécialiste des transports, passée par VNF : « Nous restons marqués par une dépendance au routier, une plurimodalité insuffisamment exploitée et une coordination parfois fragmentée des acteurs. Le potentiel repose sur le report modal vers le fluvial et le ferroviaire, une vraie complémentarité des modes de transport, une ambition de décarbonation, une mise en avant des métiers et des emplois, de la montée en compétence, des innovations environnementales, permettant une meilleure compréhension et acceptabilité sociale des projets logistiques », assure-t-elle.

 

Identifier les offres énergétiques à privilégier ou à écarter

Pour y parvenir, le dialogue public-privé joue une fois encore un rôle majeur. En témoigne notamment l’engagement pris en mars 2021 par VNF, Haropa Port, NaTran (ex-GRTgaz) et la Banque des Territoires autour d’un partenariat visant à faire émerger une offre cohérente d’avitaillement de carburants alternatifs en bord de voie d’eau dans la Vallée de Seine. Baptisé Avicafe, le projet bénéficie du soutien de la DIDVS (Délégation interministérielle au développement de la Vallée de la Seine), est cofinancé par les régions Normandie, Île-de-France ainsi que par l’Ademe au titre du contrat de plan interrégional État-Régions de la Vallée de la Seine.

 

Depuis plus de quatre ans, VNF conduit différentes études sur le sujet afin de réaliser un inventaire des bateaux navigants sur la Seine, d’évaluer les possibilités d’utilisation de nouveaux carburants ou bien encore de déterminer un schéma de déploiement. « Nous avons créé une méthodologie qui fait aujourd’hui école puisqu’elle est déclinée sur d’autres bassins. En quatre ans, nous avons découpé l’itinéraire en segments, analysé les quantités de carburant consommées et identifié les offres d’énergies adaptées aux différentes typologies de bateaux et d’activités naviguant sur le périmètre. Les énergies dont nous avons besoin sur le fluvial sont disponibles sur le territoire, nous le savons. Plusieurs sources d’énergie semblent prometteuses. Nous ne sommes pas forcément en mesure de déterminer, à coups sûrs, les combinaisons gagnantes, mais nous avons d’ores et déjà identifié celles à éviter. Désormais, l’enjeu est de parvenir à fédérer d’autres acteurs pour avancer collectivement vers notre objectif : 35 % de réduction d’émissions en 2035 par rapport à celles de 2015, et le plus possible en 2050 », détaille Olivier Burel, chef de projet innovation chez Voies navigables de France.

 

Mutualiser pour décarboner

Ainsi, VNF réfléchit à de nombreux moyens de mutualisation des solutions de distribution des vecteurs énergétiques, considérant qu’une source d’énergie peut être utilisable dans différentes circonstances : sur un bateau, une benne à ordures ménagères ou encore des transports en commun. « Envisager des solutions désignées uniquement pour le fluvial est quelque chose de difficile. Nous devons nécessairement penser mutualisation ; c’est là que le positionnement de VNF, en tant qu’agrégateur entre les acteurs publics et privés, prend tout son sens. Nous avons eu des échanges avec des collectivités locales, des opérateurs de collecte de déchets ou de mobilité de passagers pour essayer de faire converger les intérêts. Plus nous aurons la capacité à créer ces nœuds, plus nous avancerons et sécuriserons ces projets », continue Olivier Burel.

 

En parallèle, VNF, toujours accompagnée de Haropa Port, a lancé en 2018 un dispositif de bornes interactives pour la fourniture d’eau et d’électricité à destination des transporteurs fluviaux de marchandises. Après l’installation de 13 bornes pour les bateaux de fret, 78 structures supplémentaires sont actuellement prévues pour atteindre 113 bornes sur tout l’axe Seine d’ici fin 2026. « Le fluvial est un formidable atout, malheureusement sousutilisé. Nous nous situons à peu près à 12 % de la part modale sur le conteneur au Havre, ce qui reste plutôt faible en comparaison avec d’autres places portuaires telles que Rotterdam, Hambourg et Bruges », constate Bertrand Neveux, adjoint au chef de service développement de la voie d’eau chez Voies navigables de France.

 

Néanmoins, la transformation est en cours. Véritable colonne vertébrale de la logistique normande, le système portuaire articulé autour de la Seine joue un rôle clé dans la massification du fret. « Les ports sont aussi des laboratoires de transition énergétique et numérique, avec un véritable effet d’entraînement sur tout le territoire. Si la zone industrialo-portuaire du Havre s’est bâtie sur le pétrole et le charbon, on y construit désormais des pales d’éoliennes offshore », souligne Juliette Duszynski.

 

Un territoire d’énergies

Et pour cause, particularité normande, le territoire produit de l’énergie en grande quantité, dépassant même ses besoins locaux. « C’est une configuration presque unique en Europe. Grâce à cela, la vallée de la Seine dispose de tous les atouts pour devenir le premier corridor logistique décarboné », expose Juliette Duszynski. Un constat partagé par Olivier Burel, chef de projets innovation chez Voies navigables de France : « Nous comptons en Normandie plusieurs sites nucléaires, éoliens terrestres, éoliens offshore, des zones photovoltaïques et même une production d’électricité à partir de courants de fond. En matière de décarbonation, le territoire offre de nombreuses possibilités. Des sites industriels implantés sur la région s’orientent également sur des grands projets de production d’hydrogène. S’y ajoutent aussi des projets industriels d’importation de CO2 sur des sites existants. Enfin, c’est aussi une terre agricole sur laquelle la filière méthanisation est fortement présente ; nous avons donc du biogaz en quantité. Nous sommes sur un formidable laboratoire dans lequel tous les vecteurs énergétiques sont présents et peuvent apporter des réponses aux besoins des opérateurs, quel que soit leur type d’activité. »

 

Des énergies qui, à force de sensibilisation et d’accompagnement, suscitent l’intérêt d’entreprises implantées sur le territoire. À titre d’exemple, la Société des Carrières de Vignats, située en Normandie, œuvre actuellement sur un projet de parc photovoltaïque d’un potentiel de 7 MWc sur un ancien bassin de décantation et a inauguré, en septembre 2025, une plateforme trimodale au Val d’Hazey, combinant fret routier, ferroviaire et fluvial (le projet est codéveloppé avec un autre acteur normand, JPEE). « Les territoires qui réussiront demain seront ceux qui auront su faire avec leurs ressources – sol, eau, énergies, hommes… – et aménager à partir d’elles », conclut Juliette Duszynski.

 

Focus

Un second appel à idées de projets d’innovation et d’expérimentation pour LSN

Le 6 mars dernier, Logistique Seine Normandie clôturait son second appel à idées de projets d’innovation et d’expérimentation. Une initiative visant à soutenir et dynamiser le développement de ses membres sur leurs enjeux prioritaires et à accélérer le développement de projets répondant aux enjeux du territoire normand.

 

E-commerce, attractivité des métiers, prévention des risques, décarbonation des flux, transition écologique, économie circulaire, IA, data et performance… autant de grandes thématiques sur lesquelles les entreprises à l’échelle nationale étaient invitées à soumettre leurs idées. « Nous souhaitons sourcer des solutions pouvant être adoptées par les acteurs du territoire, encourager l’innovation et favoriser l’intégration de solutions différenciantes. L’objectif est de mobiliser l’ensemble des acteurs, des grandes entreprises aux PME, qui représentent 80 % du secteur logistique normand, afin de démontrer tout le potentiel de notre écosystème », explique Stéphanie Motte, responsable du développement et de l’innovation chez Logistique Seine Normandie.

 

Le 28 avril 2026, les solutions présélectionnées par LSN & Circoé, cabinet de conseil en innovation logistique, seront présentées lors du Forum Open Inno by LSN. Les lauréats seront ensuite annoncés le 29 mai lors de l’Assemblée générale de Logistique Seine Normandie.

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