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Supply chain textile : transparence et durabilité, le grand chantier

Publié le 17 septembre 2026

3. La logistique textile face à la crise : flexibilité, durabilité et reverse

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Marc Paton - Log's

Mutualisation, logistique inverse... La crise force les acteurs logistiques à repenser leurs modèles. Certains donneurs d’ordres ont déjà anticipé.

La crise du secteur textile force les acteurs logistiques à repenser leurs modèles vers plus de sobriété et moins de gaspillage. Pour Sébastien Valoggia, fondateur d’Ezytail, le diagnostic est sans appel : « Le changement de la décennie à venir, c’est la réintégration d’une supply chain globale, qui va de la disponibilité de la ressource à la gestion des retours. » Il observe que les acteurs qui ont le mieux résisté à la crise sont ceux qui maîtrisent l’intégralité de leur chaîne de production : Zara, par l’intégration de A à Z et des cycles conception-livraison extrêmement courts, ou encore Decathlon, qui maîtrise sa production avec le Portugal pour tester ses nouveautés en petite série. Une efficacité industrielle qui n’efface pas les controverses propres à la fast fashion mais illustre, selon lui, la direction que prennent les organisations logistiques textiles : moins de gaspillage, plus de réactivité.

 

Shein incarne à l’extrême cette logique d’efficacité industrielle, mais à un coût humain et environnemental que Sébastien Valoggia ne minimise pas : « Il y a du dumping, des pratiques commerciales profondément contraires à l’éthique ; ils utilisent des produits sans aucun respect d’aucune norme, et ils enfreindront toutes les règles possibles pour faire du volume. On est sur quelque chose d’objectivement désastreux en termes de durabilité. » Depuis son hub principal de 740 000 m² inauguré en Pologne à Wroclaw en décembre 2025, l’enseigne dessert plus de 100 millions de clients européens avec des approvisionnements depuis l’Asie, qui reposent encore sur le fret aérien. Ce mode de transport aggrave encore un bilan environnemental déjà catastrophique.

 

À l’inverse, le modèle dominant du grand import génère un gaspillage structurel massif : 37 % de ce qui est fabriqué finit à la poubelle, avant d’avoir été acheté par le consommateur final (Assessment of Carbon Footprint for the Textile Sector in France, J. Payet, 2021). Sur un million de mètres carrés de stockage textile en France, seulement un sixième est réellement utile. « Plus on achète tôt, pire c’est », résume le fondateur d’Ezytail.

 

La mutualisation et la logistique inverse, nouvelles normes

Nicolas Specq, directeur business development de Log’s, observe une évolution profonde des cahiers des charges : les marques commencent à demander à leurs prestataires de les accompagner sur la réduction des emballages, des déchets et la RSE. « Nous ne sommes plus perçus comme un centre de coût mais comme un levier d’agilité et de transformation », affirme-t-il. La mutualisation des entrepôts s’impose comme réponse durable. Là où c’était jadis interdit – « il y avait une clause écrite dans le cahier des charges », rappelle Nicolas Specq –, c’est devenu la norme dans le mid-market.

 

Certains donneurs d’ordres ont anticipé sans attendre. Chez Promod, la stratégie du « moins et mieux » a été posée dès 2019 avec la création du MPA, merchandising planning allocation. « L’idée : faire moins de références, acheter moins en amont, réagir en fonction des ventes », explique Charles-Antoine Jezraoui, directeur de la coordination stratégique. L’enseigne a également mis en place une stratégie matière : une analyse systématique de toutes les matières utilisées pour identifier les moins impactantes. Résultat : moins de 3 % de rendus sur les quantités achetées, taux de promotion inférieur à 20 %, et plus de 50 % du poids des matières désormais moins impactantes.

 

Sur la logistique inverse, le constat est net : la gestion des retours est maîtrisée techniquement depuis vingt ans. Le vrai obstacle s’avère économique. Quand le coût de traitement d’un retour représente 60 % du coût de fabrication du produit, la destruction devient la solution de facilité. Il s’agit également d’un enjeu de transparence, le code-barres permettant de suivre un article du début à la fin de la chaîne, mais peu de marques ont structuré ces données de façon exploitable.

 

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