Transversal
Supply chain textile : transparence et durabilité, le grand chantier
4. Réparation et seconde main : les nouveaux leviers de durabilité logistique
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EzytailAvant la seconde main et le recyclage, il y a la réparation. Un maillon encore sousestimé, mais que la REP 2.0 et les nouvelles pratiques de marché commencent à structurer.
Située avant la seconde main et le recyclage, la réparation forme le premier maillon de l’économie circulaire. Basée en Vendée, l’entreprise Les Réparables a su convaincre les marques que celle-ci était un levier de valeur ajoutée. Elle s’est imposée comme atelier partenaire externalisé pour des marques comme Jott, Faguo, Kiabi, Maje ou encore Damart. « Nous sommes un service de réparation textile global puisque nous nous adressons aux particuliers, aux marques de vêtements et aux entreprises », explique sa fondatrice Blandine Barré. L’entreprise intervient une fois que le textile est sur le marché mais aussi en amont : certaines marques confient des défauts de production avant même la mise en vente, conduisant à ressortir toute une production des boutiques pour la confier en réparation.
Les pièces les plus réparées sont le jean et la doudoune, deux articles parmi les plus polluants du vestiaire. Entre 25 000 et 30 000 pièces sont prises en charge chaque année par Les Réparables, avec un taux d’irréparabilité de seulement 1 à 2 %, grâce à un tri en entonnoir opéré en amont. Réparer en France évite un aller-retour d’un à deux mois vers le pays de fabrication, sauvant souvent une collection entière. Le prestataire Log’s intègre d’ailleurs la réparation comme service ponctuel dans sa logistique généraliste quand le produit a une valeur suffisante.
Un flux logistique à deux vitesses
Pour le particulier, tout commence en ligne sur des sites cobrandés avec notification à chaque étape. Pour les marques, cela représente des dizaines de cartons par mois depuis les boutiques, voire des palettes entières pour les productions défectueuses avec adaptation au transporteur habituel du client. La traçabilité repose sur un outil sur mesure : chaque article est scanné à l’arrivée, toute la chaîne est automatisée. La principale difficulté reste l’imprévisibilité des volumes. « Le but est d’être en flux tendu au maximum », conclut Blandine Barré.
Seconde main : la traçabilité comme condition de durabilité
La seconde main représente désormais 7,2 % de la consommation globale de textiles en France, en progression de 4,8 % (Refashion 2025). Mais son industrialisation se heurte à un double obstacle : économique d’abord, le modèle de la reverse logistique ne permettant pas encore de la rendre rentable à grande échelle, puis de transparence. Sans traçabilité des articles, sans certification de leur origine, la seconde main reste un marché opaque propice à la contrefaçon. Sébastien Valoggia, fondateur d’Ezytail, pointe cette urgence : « Assurer ce marquage (écoresponsabilité, production, origine, numéro de série unique au monde pour chaque pièce) s’illustre comme un moyen fondamental de se protéger contre la contrefaçon. » Une réalité déjà visible chez Timberland ou Nike, confrontés à une contrefaçon massive sur Vinted et Leboncoin. Promod a pour sa part réinternalisé toute sa filière seconde main après la faillite de son prestataire, avec un modèle de boucle locale : ce qui est collecté en magasin est revendu parmi l’un de ses quatre magasins à outlet, qui gèrent aussi une partie des invendus. La REP 2.0 reconnaît d’ailleurs la réparation comme levier prioritaire avant le recyclage.
Focus
Le projet pilote d’Ezytail à Grigny, en septembre 2026
Ezytail lance à Grigny (91) une unité locale de tri, retraitement et revalorisation textile pensée comme un « concentrateur de gammes », capable de faire cohabiter réemploi à forte valeur ajoutée et recyclage matière. Ce projet répond à un constat alarmant : une partie massive des textiles envoyés en Afrique pour réemploi y finit enfouie « Au-delà de la malhonnêteté flagrante, on augmente la facture environnementale complète d’un produit qui sera enterré. Si on l’avait recyclé sur place, on aurait fait des économies qui auraient pu financer le travail de revalorisation et la matière recyclée aurait pu réalimenter des filières de tissage », conclut Sébastien Valoggia. L’économie circulaire doit être locale, sinon les coûts de collecte et de transport deviennent inextricables.