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Mobilités

Le transport à l'ère de la digitalisation

14.02.2019 • 09h05
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par Charlotte COUSIN
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© Gorodenkoff Productions

Sur toutes les lèvres pour vanter la sortie d'une nouvelle solution, dans chaque nouvel article high-tech, la digitalisation prend ses quartiers dans le domaine du transport, soucieuse de répondre à des demandes de traçabilité, de collaboration et de visibilité étendue. Mais si le terme est largement utilisé, quel sens lui accorder intrinsèquement et quels enjeux recouvre-t-il ? Comment les nouveaux outils digitaux à l'oeuvre dans le transport impactent le secteur ?

1. La digitalisation au service d'un secteur fragmenté

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Les anciens du secteur, éditeurs historiques de solutions de gestion de transport, s'accordent à dire que la digitalisation n'est pas nouvelle dans le domaine. Faisant rentrer le monde physique dans le monde en ligne, elle consiste, dans la première acceptation du terme, à transférer un certain nombre de processus réalisés auparavant manuellement vers un outil technologique web ou logiciel.

Une dématérialisation qui rend disponible de l'information au service d'un flux physique, et vient s'opposer à des process peu ou plus efficients. Son terrain d'expression ? Un TMS, une plateforme collaborative ou une application permettant de s'exempter du papier, du fax ou encore d'appels téléphoniques. Lucien Besse, COO et co-fondateur de Shippeo, plateforme européenne de visibilité en temps réel de la supply chain, observe ainsi qu'une première vague de digitalisation a impacté les outils métiers mis en place par les chargeurs. Il constate également une deuxième vague touchant à la digitalisation des processus au sein des entreprises, « c'est-à-dire comment, grâce à des outils, on accélère un certain nombre de processus sur la chaîne logistique ou dans la chaîne de transports, ou comment accélérer les flux physiques et augmenter la satisfaction client grâce à un meilleur échange d’informations. » Au-delà de la capacité de dématérialisation et de transmission que sa définition recoupe, la digitalisation évoque également l'intégration et la transformation digitale de procédés, rappelle Alain Cohen, vice-président commerce et marketing d'Alis International qui propose une plateforme collaborative de pilotage des opérations transport et douane « MyTower » : « Pour nous, ce terme représente tout le processus opérationnel transport ou douane que nous allons mobiliser afin de clarifier, simplifier et modéliser des processus pour les partager entre les différents acteurs. Il s’agit de définir un modèle, avec des règles, des attendus et des estimés, afin d’être en mesure de déterminer les déviations par rapport à ces derniers. Cela permet de piloter par exception et donc générer de la productivité ».

 

L'accès à ces informations et les capacités de traitement numérique des process sont devenus fondamentaux depuis quelques années. Le collaboratif est roi et dirige les avancées technologiques : le fait d'impliquer tous les acteurs nécessaires à la gestion du transport et de s'interroger sur la manière qu'ils ont de communiquer, de se mettre d'accord, d’échanger des données en dehors du téléphone, de l'e-mail et du fax conduit à une digitalisation qui doit permettre d'« automatiser des processus collaboratifs inter-entreprises », selon Paul Simon-Thomas, SVP sales Emenar de Descartes. Se rapportant évidemment à l'outil et à l'équipement informatique qu'elle implique, la digitalisation vient également toucher à la transparence et au partage de données entre entreprises. Une démarche nouvelle ? Pas nécessairement mais, à l'instar du modèle BtoC qui voit le consommateur recevoir des informations extrêmement précises à chaque étape de sa livraison, le BtoB requiert aujourd'hui le même besoin de transparence, d'informations justes, en temps réel, et disponibles quasi instantanément sur n'importe quel support. « Cette transformation-là est une migration technologique majeure pour les entreprises. Toutes celles qui étaient équipées ont besoin de gérer ce mouvement et les petites sociétés qui n’avaient au départ pas forcément accès à ces plateformes digitales ou autres n'ont maintenant plus peur de ce mot qui s’est démocratisé. Il n’y a pas une entreprise aujourd’hui qui n’évoque la digitalisation de ses processus », résume Valérie Carreau, directrice France de Transporeon Group.

 

Un secteur fragmenté

En France, une entreprise de TRM (transport routier de marchandises) emploie en moyenne 10,7 personnes et 97 % des sociétés occupent moins de 50 salariés. Face à ce secteur fragmenté, le niveau d'informatisation demeure hétérogène. « Le transport par route et par rail est digitalisé mais pas autant qu'il le pourrait à cause de l'importante fragmentation des petits acteurs qui interviennent, confirme Jakub Ctvrtnicek, consultant solutions chez Amber Road. C'est toujours mieux qu'il y a dix ans, mais comparé à l'industrie aérienne, on est loin derrière. Il y a encore beaucoup d'opportunités à saisir dans l'automatisation des process ou dans l'adoption de nouveaux business models ». Éditeur américain de logiciels, spécialisé dans les solutions de gestion du commerce international, Amber Road offre des solutions digitales à l’échelle mondiale : « Dans ce contexte de globalisation, il s'agit d'aider nos clients à atteindre le degré de temps réel », précise-t-il.

 

MyTower by Alis International, la plateforme collaborative de pilotage des opérations de transport et douane, est également venue répondre à des nécessités de clarification, simplification et modélisation des processus en les partageant avec les différents acteurs. « L'évolution de la technologie va de plus en plus permettre, et c'est le rôle des plateformes collaboratives comme MyTower, de rendre disponibles à tous des fonctionnalités clef en main, en mode SaaS et Cloud. Cette technologie doit nous donner la possibilité, dans le domaine du transport et de la douane, de ne passer aucun temps sur la délégation et l'exécution mais de se concentrer uniquement sur ce qui coince », juge Alain Cohen. La propension à entrer dans l'ère de la digitalisation des processus dépendrait également de la nature et de la culture du pays selon Jakub Ctvrtnicek qui observe que la France, l'Allemagne et le Benelux demeurent assez immatures à ce sujet : « Les entreprises savent ce qui se passe dans leurs usines mais pas comment gérer leur transport au-delà de leurs frontières. En revanche, si vous allez en Europe de l'Est, en Russie, de jeunes opérateurs avec de gros volumes ont sauté le pas et se sont directement positionnés sur de la collaboration extérieure. S'ils veulent importer de Chine ou de Turquie, ils ont besoin d'automatiser leurs process et d'aller vite ».

Au-delà des frontières

Le transport ne se résumant pas toujours aux bordures hexagonales ou européennes, les solutions digitalisées à l'oeuvre dans le secteur viennent également répondre aux nouveaux besoins impliqués par la mise en place d’exportations internationales.

Pour Amber Road, les terres de conquête sont mondiales et les frontières intégrant des réglementations spécifiques, qu'elles concernent des obligations ou des interdictions, constituent la source de l'aide apportée par l'outil : « Fondamentalement, nous essayons d'aider nos clients à livrer d'un point à un autre. En ce sens, la digitalisation vient nous aider à faire en sorte qu'ils ne brisent aucune réglementation. Par exemple, si vous envoyez des produits chimiques : comment allez-vous procéder pour les faire transiter ? Nous concourons à ce que nos clients puissent se rendre dans des pays sans avoir à subir de plaintes ou payer d’amendes, et en ayant connaissance des licences requises pour certains produits. Non pas que ces informations n'existent pas mais elles nécessitent de se renseigner via de nombreux documents complexes ou de collaborer avec un agent local sur place. Nous avons digitalisé tout cela et procurons ces informations à nos clients », explique Jakub Ctvrtnicek, solutions consultant Amber Road. À l'échelle du commerce international, les acteurs se voient ainsi dans la nécessité de gérer leurs exportations en s'assurant d'être en conformité douanière. D'où la nécessité pour eux de se doter d'outils performants leur permettant d'évoluer dans un environnement réglementaire en constante évolution.

 

L'éditeur Descartes gère depuis des années pour de multiples pays le système de « global security filings », consistant à des déclarations de sécurité dans le domaine aérien et maritime : « Notre outil dans ce domaine était jusqu'alors principalement utilisé par les compagnies aériennes et maritimes mais aujourd'hui cette responsabilité est en train de se déployer également aux transitaires, aux chargeurs, etc. Nous sommes donc en train d'étendre cette solution pour faciliter son adoption par des acteurs qui ne sont pas sur la fin de la chaîne (le transporteur) mais sur l'amont », explique Paul Simon-Thomas, SVP sales Emenar. Et en matière de transport international, un certain nombre de contraintes prévalent pour s'assurer que les marchandises ne soient pas arrêtées à un moment donné de la chaîne, soumises à des pénalités, et ne fassent pas courir le risque de perdre sa licence à l'exportateur : « Pour cela, il ne suffit pas d'avoir une application et de communiquer avec les autorités, il faut être capable également, si vous ne voulez pas avoir des juristes ou de responsables douanes qui vérifient à tout moment vos expéditions, de capturer de manière digitale les réglementations d'import, d'export et de les faire tourner de manière automatisée pour identifier les problèmes potentiels avant qu'ils ne se produisent », poursuit le SVP sales Emenar de la société Descartes qui a beaucoup investi dans le domaine du contenu réglementaire digitalisé qu'elle gère aujourd'hui pour environ 170 pays dans le monde.

BUZZ LOG
“Face à l’évolution de la réglementation et pour répondre à nos grands objectifs autour de la logistique urbaine, il faudra une multitude de modèles.”
— Thomas Quéro, conseiller métropolitain et adjoint au maire de Nantes en charge de la logistique urbaine
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