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Immobilier

Faire de l'entrepôt un lieu de vie

10.12.2020 • 09h27
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par Emilien VILLEROY
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GSE

Alors que la question du recrutement devient de plus en plus cruciale pour le monde de la logistique, développeurs, constructeurs et architectes travaillent à faire de l’entrepôt bien plus qu’une boîte au bord des autoroutes. Objectif : améliorer le bien-être au travail, dans le cadre d’un nouveau regard porté sur l’outil logistique.

Un bel entrepôt, agréable à vivre au quotidien. Voilà aujourd’hui ce que cherchent à proposer certains constructeurs et développeurs à leurs utilisateurs, afin de faire taire l’image du site logistique gris et froid, éloigné des villes. « Les personnes passent une grande partie de leur temps dans les locaux de leur entreprise. Leur bien-être, qui constitue un important levier de performance, est donc de plus en plus au centre des préoccupations des employeurs », notent Jean-Louis Foessel et Christophe Ripert chez Quartus Logistique. « Depuis deux ou trois ans, on voit des DRH siéger aux côtés des directeurs immobiliers chez nos clients. C’est un mouvement plus fort dans le secteur du bureau que dans l’industrie et la logistique, mais les choses avancent », constate de son côté Marc Esposito, directeur innovation chez GSE. Un focus sur le cadre de travail qui se développe, face à un marché de l’emploi parfois asséché et à la nécessité de retenir les collaborateurs. « Nous travaillons sur des services qui vont offrir aux entreprises d’autres arguments stratégiques que la localisation pour attirer les talents. Il est indispensable que nos entrepôts soient des endroits où les salariés aient envie de se rendre. Ce n’est plus simplement un lieu où l’on va travailler, mais un espace de vie plaisant, où l’extérieur doit être autant travaillé que l’intérieur. C’est aussi un moyen de contribuer à l’attractivité du secteur », estime Cécile Tricault, directrice de Prologis France.

 

Un avis partagé par Patrick Remords, directeur supply chain & logistics solutions chez JLL : « Le bâtiment peut contribuer à retenir les collaborateurs. Les entrepôts des années 2000, c’est terminé. En Asie, où ils sont plus proches des villes, les locaux ressemblent à des sièges sociaux ! Nous voulons donc être proactifs sur le sujet ». Et si cette démarche était par le passé portée par certains acteurs, principalement des chargeurs, qui concevaient des sites logistiques internalisés, ces préoccupations commencent à infuser aussi du côté des investisseurs et développeurs. « Nous sommes en train de systématiser ces aspects, en les intégrant à nos projets existants et à venir, d’autant plus dans le contexte sanitaire actuel, qui nous impose des réflexions sur la gestion du flux de personnes », explique Grégory Blouin, président de Virtuo.

 

Un travail mené en intérieur et en extérieur

Ce travail sur le bien-être au travail se décline de plusieurs manières en entrepôt. À l’intérieur, ce sont les notions de confort thermique, avec des températures contrôlées, ou de confort acoustique qui sont développées. L’éclairage est aussi travaillé avec un focus sur l’arrivée de la lumière naturelle par des ouvertures, ainsi que des lumières artificielles plus douces. Le travail sur les matériaux est également étudié de plus près par les développeurs avec les cabinets d’architectes. Autre aspect, très regardé outre-Atlantique mais moins en Europe, celui de la qualité de l’air à l’intérieur des bâtiments. « C’est un sujet qui va se développer, d’autant plus dans le contexte du Covid-19 qui nous oblige à nous interroger sur l’aération des espaces. Aujourd’hui, nous avons une ventilation des bâtiments avec des centrales de traitement d’air qui filtrent bien, du moment qu’elles sont entretenues, ce qui n’est pas toujours le cas. Mais on voudra peut-être aller plus loin et filtrer des particules plus fines », estime Marc Esposito. Dans ce sens, des sondes de mesure de la qualité de l’air commencent à être déployées dans certains sites. « C’est seulement en mesurant que nous pourrons enfin voir si la qualité est là ».

 

Plus globalement, une attention particulière est apportée aux lieux de vie avec la création d’espaces multiples : des zones de pique-nique, des abris pour fumeurs, des aires de marche, des pistes cyclables… « Les entrepôts deviennent de plus en plus végétalisés. Nous profitons donc de ces aménagements extérieurs pour insérer des lieux de vie agréables dont peuvent profiter les salariés », note Christophe Simonnet, directeur associé du groupe Idec et directeur général de Faubourg Promotion, liant ainsi la question environnementale à celle du bien-être au travail. Même constat chez Segro : « Le site de Zalando à Vérone, développé par notre filiale Vailog, est un bel exemple de la priorité donnée au cadre de travail des utilisateurs, avec entre autre des terrains de jeu et des espaces extérieurs, fruit de notre volonté d’intégrer confort et biodiversité dans nos sites existants et à venir », raconte Laurence Giard, directrice générale France de Segro.

 

Travailler l'acceptabilité de la logistique

Des mutations sur lesquelles les entreprises du secteur veulent être volontaristes : « Que ce soit sur des constructions neuves mais sur l’existant aussi, nous voulons intégrer la notion de bien-être au travail de façon proactive. Évidemment, dans le cadre de nos échanges, un bail long terme avec nos utilisateurs permet de mieux se projeter et d’avancer sur ces sujets. Mais c’est aussi à nous d’innover pour leur donner envie de rester plus longtemps », juge Benoît Chappey, directeur du développement France chez Goodman. Autant d’éléments permettant également de travailler l’acceptabilité de la logistique auprès du grand public. « Nos bâtiments doivent offrir une valeur ajoutée pour l’utilisateur et la collectivité, avec une meilleure intégration dans l’espace, une meilleure prise en compte de la politique régionale en termes de circulation de personnes et de marchandise, une qualité paysagère, un travail sur la faune et la flore… Il faut que nos projets soient compris et plébiscités non seulement par l’utilisateur mais par tous les intervenants sur le territoire, dans la sphère économique et sociale, d’autant plus face à des exigences croissantes de la part des pouvoirs publics pour accueillir la logistique sur les territoires », juge Jean-Paul Rival, directeur général de Concerto.

Bientôt, la certification Well?

Si les initiatives pour le bien-être au travail se multiplient sous différentes formes, certains acteurs ont décidé de labéliser leurs efforts en s’appuyant sur la certification Well Building Standard, centrée sur le bien-être au travail. Développée par la International Well Building Institute (IWBI) depuis 2014 après six ans d’études, elle se focalise sur 108 éléments, répartis dans 10 grandes thématiques allant de la qualité de l’air au confort sonique en passant par les matériaux utilisés. Cet ensemble de prérequis et de recommandations d’optimisation amène ensuite à une certification en quatre rangs : bronze, silver, gold et platinum. Chez Quartus Logistique, le Well a d’ores et déjà été intégré dans la conception des sites : « Nous mettons en oeuvre les normes introduites par la certification Well Building Standard, notamment sur les parties tertiaires et locaux sociaux des opérations logistiques », note le développeur. Une norme qui devrait être amenée à se développer dans l’Hexagone selon Patrick Remords : « Les entrepôts en France sont aujourd’hui à minima Breeam Good. La prochaine étape sera d’être certifié Well ».

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