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Gestion de flotte : quand les chariots décryptent l'activité en entrepôt

27.06.2019 • 08h00
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par Emilien VILLEROY
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Still

Si les solutions digitales de gestion de flotte sont utilisées par les logisticiens depuis plusieurs années, celles-ci ont progressivement évolué pour devenir de véritables agrégateurs de données logistiques. De quoi gérer en temps réel l’activité des véhicules, mais également permettre d’éclairer les gestionnaires d’entrepôts sur leur organisation interne.

Chaque jour, ils parcourent les entrepôts en long et en large, traçant dans leur sillage les contours d’activités logistiques diverses : les véhicules logistiques ont dépassé leur simple statut d’outils mécanisés pour venir collecter de la donnée et des évènements tout au long de la chaîne logistique. Une modification permise par l’évolution des logiciels de gestion de flotte proposés par les constructeurs internationaux. « La demande a réellement changé ces dernières années : les gestionnaires veulent de l’information en temps réel, apportée directement par des connecteurs Bluetooth, GPRS ou wi-fi. Et avec la démocratisation des outils de digitalisation, les possibilités se multiplient afin de proposer aux clients de véritables outils d’aide à la décision », explique Jean-Jacques Boulet, responsable marketing chez Aprolis, loueur et vendeur de matériel de manutention.

 

« Nous remarquons un intérêt de plus en plus fort pour nos solutions de suivi de l’activité de la flotte de véhicules. Il y a encore quelques années, il fallait présenter ce type de solution. Aujourd’hui, un basculement a eu lieu et ce sont nos clients qui nous en parlent naturellement », explique de son côté Elena Perennes-Lonchamp, responsable nationale des ventes SAV chez Jungheinrich France. « Ce sont des informations auxquelles ils n’ont pas forcément accès ou qui sont potentiellement fastidieuses à faire remonter. Récupérer les données des horamètres (appareil mesurant le nombre d’heures d’utilisation d’un moteur) pour contrôler l’activité d’un parc chariots par exemple nécessite de faire le tour de chaque véhicule. L’avantage des solutions de gestion de flotte est de pouvoir accéder à l’ensemble de ces données instantanément et en ligne », ajoute-t-elle.

 

Une vue instantanée sur l’activité

« Chez Still, nous avons été les premiers à lancer, dès 2006, la solution Still Report qui permettait d’avoir des informations sur le parc de véhicules avec des comptes-rendus de maintenance », raconte Stéphane Boutron, responsable communication de Still France. Une solution qui a évolué il y a trois ans avec le lancement de la plateforme en ligne NexxtFleet. « Celle-ci permet d’avoir une vue instantanée sur son parc à l’instant T mais aussi de visualiser l’évolution de son activité dans le temps. Dans cette solution, nous pouvons intégrer des chariots de location en courte ou longue durée, mais également ceux de nos concurrents. Nous sommes réellement dans une approche logicielle tournée vers le service », résume Stéphane Boutron. La plateforme regroupe neuf applications activables indépendamment et consultables via un portail web. « Nous proposons de l’ultra-personnalisation : le client peut définir ce qui l’intéresse et la fréquence à laquelle il veut recevoir ses informations et ses reportings. Les atouts sont multiples : l’analyse de l’utilisation permet ainsi de constater si le parc est bien adapté ou s’il comporte des risques de surdimensionnement », explique Renaud Formentel, responsable formation de Still France. Le module Truck Life Analysis se concentre ainsi sur l’analyse de la vie des chariots tandis que Fleet Usage regroupe les cycles d’utilisation pour adapter le parc aux besoins réels.

 

Du côté de Fenwick (groupe Kion), l’application de gestion de flotte connectée se nomme Connect. « Grâce à cette solution, évolutive et s’adaptant à chaque besoin client, les gestionnaires de sites contrôlent l’accès à leurs chariots par l’ensemble de leurs caristes et sont en permanence informés de l’utilisation faite de leurs véhicules, de leur consommation, des chocs survenus, du temps passé en levée, en roulage, ou encore de leur vitesse moyenne », explique Aurélia Doffenies, responsable marketing des services et formation commerciale Fenwick. Dans l’applicatif Connect, les gestionnaires peuvent se créer un tableau de bord avec des indicateurs qu’ils auront préalablement paramétrés et recevoir des alertes automatiques par e-mail par exemple. « Ces données peuvent être hébergées sur le serveur du client mais nous proposons aussi une solution web en ligne où l’ensemble de la data est directement située sur des serveurs du groupe Kion, ce qui peut intéresser les sociétés ayant des services informatiques externalisés », souligne Aurélia Doffenies.

 

Le constructeur UniCarriers propose également une solution de ce type, nommée UC VOM (UniCarriers Vehicule and Operator Management). De la même manière, elle donne la possibilité aux gestionnaires de sites logistiques de consulter en temps réel l’activité de leur parc de véhicules et d’obtenir des précieuses données sur le fonctionnement des machines. « Cet outil nous permet d’avoir une analyse fine des cycles de travail de nos chariots. Nous pouvons faire des comparatifs pertinents par typologie de machine et par exemple ajuster le dimensionnement des parcs chariots. Pour certains gestionnaires, il s’agit souvent de valider le nombre exact de machines dont ils ont vraiment besoin », explique Frédérik Bodelot, directeur commercial et marketing. « Le marché le plus important chez UniCarriers pour ce type de solution, c’est l’Angleterre, où ont été lancés les premiers projets. En France, la solution est proposée depuis deux ans avec déjà plusieurs sites entièrement équipés. Au total, ce sont plus d’un millier de machines qui utilisent déjà ce système ». Une manne de données et d’informations que le constructeur souhaite voir employer de manière pertinente, engageant une relation d’échange avec ses clients. « Les éléments qui peuvent être captés sur un chariot sont nombreux, entre les horamètres, les moteurs de levée, de traction ou de contact plancher. Mais si cette data n’est pas analysée, elle ne sert à rien. Nous avons donc fait un travail de fond afin d’offrir à nos clients un support et un accompagnement personnalisé, lié à l’étude et l’analyse des informations recueillies. Cela permet de faire des corrélations directes entre les problématiques rencontrées au sein de l’entrepôt et les données chiffrées recueillies par l’UC VOM », détaille Frédérik Bodelot.

 

Sécurité en entrepôt

Dans leurs applications les plus simples, les solutions de gestion de flotte sont loin d’être des nouveautés en entrepôt. « Depuis une dizaine d’années, les logisticiens demandent des applicatifs pour la gestion de leurs machines. Parmi les applications très recherchées, on retrouve par exemple les solutions de gestion des accréditations et des accès : contrôle des Caces, attribution d’un véhicule à des profils précis », souligne ainsi Jean- Jacques Boulet. Une sécurisation des process et de l’utilisation des véhicules dans l’entrepôt que l’on retrouve dans la plupart des solutions proposées par les constructeurs. Mais cet aspect de sécurité peut aussi se traduire de manière différente. Chez Fenwick, une solution de vérification du véhicule par smartphone à chaque prise en main d’un chariot, nommée Pre-Op Check App, a été récemment lancée. « Légalement, les opérateurs doivent faire le tour de leur chariot pour vérifier tous les éléments de sécurité avant de commencer à travailler. Grâce à cette application smartphone, via un questionnaire, ils peuvent faire cette vérification de manière plus efficace. Et en cas d’anomalie, il est possible de prendre une photo via l’application pour faire remonter l’information plus rapidement au gestionnaire. Si l’état du véhicule présente un risque, le système peut être programmé pour empêcher le démarrage du véhicule », explique Aurélia Doffenies.

 

La gestion des chocs s’est aussi démocratisée dans ce type de solution et est régulièrement proposée par les constructeurs, comme Still ou UniCarriers. Chez Fenwick, au sein de Connect, les chocs enregistrés par la machine durant son utilisation peuvent ainsi faire l’objet de remontées précises par SMS. Du côté de Jungheinrich, le système ISM Online et son module Sécurité peuvent également réduire automatiquement la vitesse d’un chariot en cas d’impact. « Avoir des remontées de ce type peut éclairer certaines réalités de travail dans l’entrepôt. Si le système de gestion de flotte enregistre régulièrement des chocs dans une partie précise de l’entrepôt par exemple, cela peut être le révélateur de problèmes liés au sol ou à l’organisation du bâtiment. Derrière cette data, les managers peuvent ainsi intervenir pour sécuriser certaines zones plus accidentogènes », explique Elena Perennes-Lonchamp pour Jungheinrich.

 

Des capteurs directement intégrés dans les véhicules

Toutes ces informations sont captées directement depuis différents dispositifs qui communiquent ensuite avec les logiciels de gestion de flotte. Chez Fenwick, la remontée de cette donnée d’usage se fait via un boitier RFID monté sur le chariot qui communique en Bluetooth, Wifi ou GPRS directement jusqu’au logiciel Connect. Un dispositif que Fenwick propose en option sur ses appareils de manutention (« Nous réfléchissons à l’intégrer à terme dans l’ensemble de nos chariots », précise Aurélia Doffenies) mais qui peut également être installé sur des flottes de chariots déjà en activité. Du côté de chez UniCarriers, cette remontée d’information se fait directement depuis le système Bus Can des équipements. « Cela nous permet de nous connecter à n’importe quel chariot en service et sur tout autre type de matériels tels que nacelles ou autolaveuses. L’avantage d’une solution non propriétaire comme celle-ci, est d’offrir une vision globale d’un parc complet, pouvant intégrer des véhicules de toute marque, achetés ou loués », estime Frédérik Bodelot.

 

Jungheinrich de son côté est actuellement en pleine évolution et modernisation de son système de remontée d’information par boitier. Le constructeur allemand a en effet dévoilé début 2019 que l'ensemble des chariots qu’il produira à partir de cette année seront désormais équipés de boitiers télématiques intégrés afin de proposer un service gratuit de visualisation de la flotte et de contrôle d'utilisation. « Actuellement, une passerelle informatisée permet le dialogue en RFID entre le systèmes de gestion de l’entrepôt et les chariots. Désormais, avec ce boitier télématique, les chariots seront connectés directement aux systèmes de l’entrepôt en Wi-fi ou en Bluetooth », explique Elena Perennes-Lonchamp. Et si Jungheinrich compte pour l’instant lier ce boitier avec sa solution de gestion de flotte ISM Online, disponible depuis 2012 dans sa première version, le constructeur voit également cette innovation comme un levier pour le développement de nouveautés logicielles. « Ce boitier va nous permettre de simplifier le développement d’applications spécifiques. Si demain, un client nous fait remonter un besoin nouveau, nous allons facilement pouvoir récupérer la donnée pertinente pour proposer de nouvelles solutions et programmes », détaille Elena Perennes- Lonchamp. Le constructeur a d’ailleurs annoncé en février son partenariat avec l'éditeur américain ID Systems pour le développement d’une nouvelle version de sa solution de gestion de flotte. Un applicatif revu et corrigé qui pourra intégrer facilement des technologies telles que la localisation par GPS. La question de la géolocalisation est également à l’étude chez Fenwick afin d’être intégrée au sein du logiciel Connect. « Ce sont des technologies qui pourraient émerger chez nous dès 2020 », estime Aurélia Doffenies, qui confirme l’intérêt du constructeur intralogistique sur ce domaine.

 

Un œil sur la maintenance

Autre objectif pour Jungheinrich : faire un pas vers la maintenance prédictive, afin de réduire le temps d'arrêt des véhicules avec des interventions techniques rapides. En effet, le nouveau boîtier télématique présent dans les chariots du constructeur peut être lié avec le système de maintenance Call4Service, proposé par l’entreprise depuis un peu moins d’un an. Ce dernier permet aux clients de Jungheinrich de réduire les délais de réaction en cas de panne ou de dysfonctionnement, avec un contact au service SAV directement en ligne ou via application, disponible 24h/24 et 7j/7. Le boitier peut alors offrir des informations d’utilisation qui sont en mesure de préparer en amont l’intervention des techniciens, tout en leur offrant l’accès aux précédentes demandes d’assistance du client. « Voir la dernière date d’intervention, son compte-rendu complet, le détail de ce qui va être réalisé prochainement sur le chariot : il s’agit de décharger les gestionnaires d’entrepôt de l’orchestration de leur maintenance tout en leur offrant beaucoup de visibilité », résume Elena Perennes-Lonchamp. Des efforts en direction de la maintenance que l’on retrouve aussi chez Still au sein de sa suite NexxtFleet. « Nous voulons être proactifs dans la partie maintenance. Dès qu’un appareil a une panne, celle-ci est transmise à la direction régionale Still de manière à ce que le technicien puisse intervenir tout de suite avec la bonne pièce. C’est une technologie sur laquelle nous faisons de nombreux tests depuis quelques années et que nous continuons à affiner », explique Renaud Formentel.

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“Pour faire avancer la supply chain, il est crucial de ne pas réfléchir qu'entre spécialistes.”
— Jean-Michel Guarneri, président de l'Aslog et conseiller stratégique du groupe Renault Nissan
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