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EVE dévoile ses lauréats et fait le bilan d’une année 2021 pleine de projets

27.01.2022 • 17h10
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DR | La collaboration Ferrero/Stef, récompensée par le programme EVE

Jeudi 27 janvier 2022 se tenait en ligne l’évènement annuel du Rendez-vous du transport et de la logistique éco-responsables. L’occasion de donner la parole à différents acteurs de ces deux secteurs pour revenir sur les différentes voies possibles afin d’atteindre une supply chain neutre en carbone.

Porté par l’Ademe, Eco CO2 et un grand nombre organisations professionnelles (tels qu’Union TLF ou FNTR), le programme des Engagements Volontaires pour l’Environnement (EVE) continue de faire des émules. Permettant à des entreprises du monde du transport et de la logistique de viser une réduction de l’impact énergétique et environnemental de leurs activités, il donne aux chargeurs et prestataires une plateforme d’échange pour faire naître des initiatives innovantes. Pour aller plus loin, une matinée de conférences était organisée en ligne le 27 janvier 2022, avec un thème en forme d’interrogation : « Comment les acteurs du transport et de la logistique se préparent aux impératifs de neutralité carbone ? ». En ouverture, Arnaud Leroy, PDG de l’Ademe, s’est félicité du fait que plus de 600 entreprises étaient engagées dans le programme EVE 2, soit l’équivalent de 546 000 tonnes équivalent CO2 évitées. « Il faut maintenant aller plus loin et plus vite, et faire encore plus en termes de réduction des gaz à effet de serres », juge-t-il. Depuis le lancement du programme EVE en 2018 (et dont le deuxième volet, EVE 2, a été initié début 2021 jusqu'à fin 2023), près de 5 000 établissements se sont engagés dans la réduction de leurs émissions, soit un parc de 150 000 véhicules. Pour la période de 2021-2023, cela concernerait donc une réduction des émissions annuelles de trois millions de tonnes d’équivalent CO2.

 

Aller vers une économie plus circulaire et sobre

Mais quel chemin choisir pour aller vers ces objectifs ambitieux de neutralité carbone à horizon 2050 ? C’est face à un choix structurel que se trouve le secteur aujourd’hui, et qui ne dépend pas entièrement de lui, comme l’expliquait Yann Briand, chercheur à l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales) en préambule des tables rondes de la matinée. Souhaitant travailler à « informer les décideurs sur les transformations possibles et les leviers de l’action publique », celui-ci a souligné le fait que « la neutralité carbone, par rapport à d’autres objectifs moindres, repose sur un changement de grande ampleur. Il s’agit de repenser en profondeur les systèmes, car les transformations doivent être sans précédent, rapides et profondes, pour l’ensemble des systèmes socio-économiques ». Pour cela, le chercheur a noté qu’il faudra adopter des outils court terme, mais qu’il faudra également dépasser « la simple transformation des carburants et véhicules. Il va être nécessaire de prendre en compte un large portefolio de solutions et d’aller au-delà des questions technologiques pour modifier profondément la demande de transport elle-même ». Ce qui passera par la modification des systèmes de production et de consommation, tout en revoyant les infrastructures de transport, les opérations logistiques et les offres de service. Deux scénarios se dessinent alors : d’un côté, une faible prise en compte politique des défis sociétaux et peu de de changement des comportements du côté des producteurs et des consommateurs (maintien des structures actuelles). Dans ce cas-là, les investissements continueront à soutenir un transport dépendant de la route, la décarbonation passant par les innovations technologique. Mais une autre voie pourrait être possible, celle d’une forte prise en compte des défis et d’un changement de comportements des acteurs, via l’adhésion à des concepts d’économie circulaire, de ré-usage, et de raccourcissement des chaines logistiques, ainsi que des investissements forts pour développer une cohérence territoriale propice aux modes non-routier, avec davantage de transport partagé. « Aller vers une économie plus régionale, circulaire et sobre en matières premières pourrait contribuer à faciliter la décarbonation du transport routier, à la pénétration de poids lourds 100 % électriques pour atteindre 56 % du parc en 2050 et à la réduction par deux des besoins énergétiques du secteur en 2050 en comparaison de la situation actuelle », note Yann Briand.

 

« Chacun doit jouer son rôle de colibri »

En attendant 2050, des acteurs du secteur étaient présents pour évoquer les progrès menés par le secteur. Tariel Chamerois, directeur RSE et Développement Durable chez DB Schenker France et Maghreb, a ainsi évoqué la pertinence du programme EVE pour « favoriser l’accompagnent des entreprises, avec des fiches conseils et des formations ». Cependant, si le secteur bouge et fait beaucoup, il reste une limite à l’action qui peut être entreprise par les logisticiens : « Nous héritons des volumes que les chargeurs nous confient. Si nous sommes capables de mener les réductions, d’optimiser et de faire du report modal, nous ne générons pas la production ou la consommation. Notre rôle est donc d’œuvrer avec ce qu’on nous donne », résume Tariel Chamerois. De son côté, Ivan Stempezynski, DG de TAB Rail Road et président du Groupement national des transports combinés (GNTC), est revenu sur l’importance de la multimodalité : « Face à la prise de conscience environnementale de l’industrie, nous devons être imaginatifs et investir. Et cela doit passer par le transport combiné, qui est une solution éprouvée, puissante, qui nous permet de mettre 350 camions sur les rails chaque jour chez TAB Rail Road. Dans ce sens, le GNTC a participé à l'écriture d’un rapport en juin 2020, pour initier le développement du transport ferroviaire sur les dix ans à venir. Des éléments repris dans la stratégie de relance présentée par le gouvernement, afin de doubler la part du ferroviaire en France (de 9 à 18 %), avec un triplement de l’activité du combiné ».

 

Les échanges ont aussi tourné autour des questions des vélos cargos, des camions électriques, des premières expérimentations autour de l’hydrogène, du carburant aérien durable (SAF) ainsi que du transport vélique pour la partie maritime. « Il faut que les entreprises structurent leur démarche et la pousse en interne : convaincre les achats pour renouveler les flottes, investir pour une meilleure gestion de l’énergie, toucher les RH avec l’éco-conduite pour le transport, impliquer les informaticiens pour la digitalisation du secteur... Chacun doit jouer son rôle de colibri », juge Tariel Chamerois. Un avis partagé par Géraud Pellat de Villedon, corporate social responsability for supply chain chez Michelin : « Il ne faut pas tout attendre des carburants ou des motorisations : c’est un levier complémentaire, mais il ne peut pas être essentiel. Passer par du transport ferré peut vraiment faire la différence et nous travaillons avec l’AUTF pour monter avec des chargeurs des lignes fixes qui offriront une baisse des émissions CO2 de 50 % au moins ».

 

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©DR | Estivin Primeurs de Loire, récompensé par un trophée EVE

15 lauréats pour les trophées EVE

S’il reste beaucoup à faire, l’évènement était aussi l’occasion de mettre en avant le chemin déjà parcouru. Ainsi, en clôture, Jean-Baptiste Djebbari, ministre délégué auprès de la ministre de la Transition écologique, chargé des Transports, a estimé : « EVE 2 propose des objectifs plus ambitieux et une démarche exemplaire qui fédère. Si c’est une réussite, c’est grâce à vos efforts. L’écologie n’est pas l’ennemie de la compétitivité. Continuons de rassembler d’autres personnes autour de l’objectif de la décarbonation de nos transports d'ici à 2050 ».

 

Des félicitations qui se sont aussi traduites par la remise des Trophées EVE, récompensant 15 entreprises pour leurs actions en faveur de la transition énergétique. Ainsi, sur le sujet de l’optimisation des trajets et des taux de chargement, plusieurs transporteurs ont été récompensés : Balzac Paris pour ses transports massifiés et son approvisionnement exclusivement en Europe, Lenoir Transports pour la réduction des kilomètres à vide, la gestion optimisée des flux et le développement du transport pour tiers pour A.H. Logistique, ainsi que la réorganisation de ses tournées et l’intégration des flux fournisseurs, clients et transports pour tiers chez Estivin Primeurs de Loire en partenariat avec Stef. Côté report modal, le combiné rail-route travaillé par Promodal et Geodis a été salué, ainsi que l’inauguration d’une liaison fluviale pour le transport de marchandises en température dirigée de Ferrero avec Stef, pour le compte de Monoprix. Le développement de flottes de camions au GNV et B100 de Geodis a également été récompensé du côté des énergies alternatives (permettant de réduire jusqu’à 75% des émissions de CO2 par rapport à un transport routier classique). Enfin, sur les questions de sensibilisation aux questions environnementales, a pareillement reçu une mention, le programme Ideo by ID Logistics, visant à offrir une application de visualisation des données liées aux émissions de CO2 pour permettre les échanges proactifs autour de la réduction de l’empreinte carbone transport entre les opérationnels et les clients.

 

 

 

 

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