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Le Club Déméter fête ses 20 ans et les enjeux sont toujours aussi grands

22.06.2022 • 16h25
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Voxlog I Anne-Marie Idrac, présidente de France Logistique et Julien Darthout, délégué général du Club Déméter

L'association née il y a deux décennies pour traiter des contraintes environnementales associées à la gestion des flux, revient sur les nombreux chantiers et innovations expérimentés par le Club ces dernières années tout en dévoilant les tout aussi nombreux défis qui l'attendent à l'avenir pour faire vivre une logistique responsable.

C’est sous des températures frisant les 40° que le Club Déméter fêtait le 16 juin dernier ses deux décennies d’existence. « La canicule de cet après-midi nous conforte dans le caractère logistique responsable de l’appellation du club », rappelait à cet égard Thierry Allègre, actuel président de l’association ayant pour mission de regrouper les acteurs de la supply chain pour développer des pratiques de durables à travers l’expérimentation et la collaboration. L’occasion de revenir, devant un parterre de 200 invités, sur la raison d’être du Club et ses initiatives dans différents domaines, tout en abordant les défis suply chain et RSE des prochaines années. Anne-Marie Idrac, présidente de France Logistique, était marraine de cet évènement, soulignant le travail mené par son association sur les questions de transition écologique avec « deux priorités » : le verdissement du transport routier et celui des entrepôts, et appelant à « une planification raisonnée de ces évolutions ».


La collaboration, valeur-clé

« Nous souhaitons avoir une vision globale de cette transition écologique et qui nous porte à long terme. J’espère que l’on va compter sur vous et sur Déméter en tant qu’association pour alimenter la feuille de route que nous sommes en train de construire pour l’avenir sur ces questions d’innovations », indiquait Anne-Marie Idrac. Compter sur le Club Déméter, c’est se reposer sur une structure qui, depuis 20 ans, a mené 115 pilotes dans les domaines variés (RH, chaîne d’approvisionnement, climat et environnement, numérisation, transition énergétique, emballage, économie circulaire). « La collaboration a été un des mots clés de ces 20 ans, tout simplement parce qu’en termes de supply chain, on ne réussit jamais seul. Le Club Déméter va maintenant se projeter dans l’avenir dans un contexte environnemental plus tendu qu’il y n’y a 20 ans et les rapports du GIEC le prouve au quotidien. Le Club Déméter a l’ambition de faire partie des organisations qui vont innover et qui demain vont mettre en place des solutions pragmatiques et efficaces face aux défis de la supply chain. Nous sommes des distributeurs, des fabricants, des logisticiens, des universitaires, des associations, des représentants des pouvoirs publics et tous ensemble, nous avons décidé d’agir pour mettre en place une logistique plus éco-responsable », déclarait Jean-Michel Rothier, premier président du Club Déméter lors de sa  création. Ce sont ces acteurs qui étaient présents ce jour-là et venus témoigner sur les différentes thématiques majeures pour une logistique plus responsable.


Pénibilité, visibilité et transition énergétique

Eric Hémar, PDG du groupe ID Logistics pointait particulièrement « quatre gros challenges à relever » à l’avenir : la pénibilité, la mécanisation, la digitalisation et l’insertion, déclarant : « Nous avons dans le domaine de la logistique des métiers qui sont trop pénibles et si nous n’arrivons pas collectivement, dans une logique de chaîne, à améliorer la situation, nous allons un jour avoir des ennuis. Nos métiers ne seront plus acceptables par la population. C’est vraiment le sujet n°1 à aborder ». Une autre message clé était apporté par Baptiste Perrissin-Fabert, directeur exécutif de l’expertise et des programmes Ademe, qui insistait sur la nécessité de protéger le vivant pour atteindre la neutralité carbone et sur le besoin de s’appuyer également sur l’économie circulaire. Sur les questions de « révolution numérique et anticipation », Guillaume Tardiveau, directeur de recherche chez Orange Labs évoquait le travail actuel opéré avec la 6G qui donne la possibilité de faire du « sensing » : « Lorsqu’un camion ou un immeuble est présent dans une rue, cela change le schéma de propagation des ondes et nous arrivons à détecter la présence d’un gros objet avec ce genre de technologie. Si on arrive à la pousser à fond, on sera alors capable d’alimenter un jumeau numérique temps réel de la logistique. Le fait de pouvoir ajouter des technologies de sensing à l’avenir var permettre d’avoir une visibilité très précise des flux logistiques sur l’ensemble du territoire », expliquait-il. Cette visibilité qui va devenir de plus en plus permanente et précise s’appuiera sur des données toujours plus nombreuses. « La question que l’on peut se poser, c’est comment vont pouvoir être utilisées ces données pour aller dans le sens du développement durable », interrogeait en retour Eric Ballot, professeur à l’Ecole des Mines de Paris. Celui-ci soulignait dans le cadre du multimodal, la nécessité de coordination entre les acteurs laissant à penser que la donnée sera plus partagée à l’avenir.

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Thierry Allègre, président du Club Déméter

Sur les thématiques de l’emballage et de l’économie circulaire, Bertrand Bompas, directeur général adjoint de Stef abordait la question du vide, évoquant « des taux qui sont aujourd’hui devenus intolérables » lorsqu’ils frisent la moitié de l’emballage notamment… : « Si l’on veut accélérer et faire des progrès significatifs dans la réduction de l’empreinte carbone, il faut que dès la conception des produits de grande consommation, cette dimensions soit intégrée », juge-t-il. S’agissant de transition énergétique, Philippe Givone, président de la société de transport Jacky Perrenot rappelait, face aux ambitions de décarbonation, la nécessité de leur pertinence opérationnelle, « élément clé pour que les équipes adhèrent », et appelait à des démarches « pratico-pratique », rappelant les zones de flou demeurant dans le domaine : « A un moment les institutionnels ont embrassé la fée électrique, maintenant c’est la fée hydrogène… ». Face à certains « effets d’annonce sur l’hydrogène » alors qu’il est encore difficile « d’aboutir à du concret » sur le sujet avec la mise en place de solutions, Philippe Givone appelle à travailler ensemble, « car si on se place à chaque fois dans une dichotomie gaz contre diesel, électrique contre hydrogène, on ne trouve pas de solution. Nous devons aller vers une convergence pour savoir quels sont les indicateurs et où l’on veut placer le curseur ».

 

Les défis supply chain et RSE à venir

Au-delà de fêter deux décennies d’expérimentations, d’innovations et de mutualisations, l’évènement était donc également l’occasion de dérouler les enjeux toujours présents, les nouveaux défis à relever et de se fixer une ligne directrice pour les cinq prochaines années. Il s’agira bien évidemment de poursuivre le travail « dans ce même état d’esprit collaboratif », rappelait Yannick Buisson, directeur général France, Europe centrale et Europe de l’Ouest de FM Logistic. Deux grands axes de travail sont actuellement à l’ordre du jour pour le Club Déméter : un premier d’expérimentation autour du sujet RH « découpée en trois thématiques : attractivité, recrutement et fidélisation avec un chantier sur la qualité de vie ». Deuxième pilier, celui de la sobriété carbone : « Nous avons décidé de regrouper autour de cette thématique un certain nombre de gaspillages propices à beaucoup d’expérimentations », précisait Yannick Buisson.

 

Ensemble, on va plus loin

Enfin, le Club Déméter se fixe comme ambition de « passer à l’échelle » pour faire en sorte que les expérimentations réalisées transforment les pratiques de chacun. « Nous ne sommes plus dans l’incantatoire mais dans une logique chiffrée des efforts de réduction des émissions de CO2, c’est quelque chose qui marque les démarches et les travaux entrepris par le Club, notamment sur les enjeux de logistique urbaine où il ne s’agit plus seulement de faire mais de démontrer aussi la valeur qui a été apportée auprès des collectivités », concluait Thierry Allègre, actuel président du Club Déméter. Le tout en prenant en compte les nouvelles orientations sociétales comme le « retour en grâce de la consignation aux différents niveaux de la chaîne de consommation » et en ayant une réflexion approfondie sur la manière de protéger le vivant. A l’avenir, Thierry Allègre entend renforcer les passerelles et les sujets de collaboration avec les différentes structures gravitant autour de l’association (France Logistique, Afilog, chaîne logistique du froid, Certibruit, France Supply Chain, Institut du Commerce…) : « des organisations avec lesquelles il est intéressant et constructif de travailler. Ensemble on va plus loin ». L’association compte bien poursuivre aussi son travail d’expérimentateur, avec une nouvelle campagne d’API (appel à projets innovants) prévue pour le mois de septembre. Le Club entend également continuer à s’investir dans les territoire notamment avec le contexte de la logistique urbaine et la partie ZFE, « un enjeu court terme en 2025 pour des entreprises Déméter qui sont massivement représentées à l’échelle nationale donc qui vont être touchées par cet aspect ZFE ; il est important d’être acteur et de ne pas attendre », terminait Thierry Allègre.

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